Sutton annule la facture de ses sauvetages en forêt

En décembre 2019, une clause a été ajoutée au règlement sur les tarifs pour permettre au Service de sécurité incendie de Sutton de charger leurs interventions, comme pour leurs sorties sur un accident de la route. Cette clause incluait implicitement les sauvetages en forêt. 

Le nombre d’usagers sur les sentiers à Sutton a bondi de façon fulgurante. Cela s’est reflété dans le nombre de sauvetages effectués par les pompiers, qui est passé de 9 en 2019 à 26 en 2020. Sur huit factures émises avant le holà des élus, deux utilisateurs avaient payé la leur, d’une somme de 2447 $ et 2294 $. Celles-ci leur seront remboursées. 

Les factures, pour un total de 15 773$, ont été envoyées par le SSI. Lorsque des élus ont été avisés des montants facturés, ils ont voulu prendre du recul pour mieux étudier la situation. 

«Ça nous semblait raisonnable, à l’époque, de ne pas transférer à nos citoyens le coût des interventions en montagne pour les non-résidents, souligne le maire Michel Lafrance en entrevue. Il y a des non-résidents qui ont reçu des factures assez salées. J’ai reçu un appel de quelqu’un qui ne comprenait pas pourquoi. On a réalisé les conséquences de règlement là, on a demandé les données aux pompiers et on va reculer pour mieux avancer.»

Le conseil souhaite revenir avec une proposition à la fois équitable pour les contribuables, qui paient des taxes et ainsi leur service de sécurité incendie, mais aussi abordable pour les rescapés. 

L’administration fera un recensement des pratiques dans la région, mais aussi auprès de municipalités semblables, souligne le nouveau directeur général, Pascal Smith.

«On va se pencher sur le dossier. On n’est pas mesure de vous dire si ce sera un prix fixe ou une portion de l’intervention, ajoute M. Smith, mais on va voir ce qui se fait de mieux comme pratique en la matière et on va s’y coller.» 

Le tiers des interventions ont été faits pour secourir des cyclistes de montagne. Un autre tiers était au Parc d’environnement naturel de Sutton (P.E.N.S.) auprès de randonneurs. Puis, 5 % étaient des piétons chez Plein air Sutton et 29 % sur des terrains privés à l’extérieur de la montagne. Sur les 26 sauvetages en forêt, 70 % concernaient des non-résidents.

Une facture qui surprend

Chez Plein air Sutton, l’achalandage a augmenté de façon importante en 2020. «C’est énorme ! On a une progression fulgurante. Les revenus ont augmenté de trois fois et demie, juste en vélo de montagne», selon le président Serge Canuel.

Le nombre d’accidents a ipso facto grimpé.

Durant la saison du vélo de montagne, un garçon de neuf ans s’est blessé et les secours ont eu du mal à l’évacuer, relate M. Canuel. Les parents ont reçu une facture digne d’un voyage de couple, sans contexte pandémique, dans un tout-inclus. 

«J’ai été surpris. C’est la première fois que j’entendais parler de ça.»

M. Canuel ne croit pas que ce soit la pratique à privilégier. «Notre moteur économique à Sutton, c’est le tourisme. Si la Ville envoie des factures, ses revenus ne seront pas coupés. Ceux qui vont payer le prix, ce sont les petits organismes comme Plein air Sutton et le P.E.N.S. parce que les gens ne viendront plus.»

M. Canuel a demandé à faire partie des discussions qui permettront de trouver des solutions.

Incidents évitables

Dans plusieurs cas, au Parc d’environnement naturel de Sutton, les randonneurs blessés ou égarés étaient inexpérimentés et ont sous-estimé les efforts à mettre pour grimper une montagne. Ces incidents auraient pu être évités.

La directrice du P.E.N.S. et conseillère municipale, Patricia Lefèvre, donne en exemple un randonneur qui s’était tordu la cheville sur le sommet rond, alors qu’il marchait en Crocs, des chaussures inappropriées pour une randonnée en montagne.

Des gens avec des sandales de plage et une femme en talons hauts ont été également aperçus.

«Récemment, une personne avait mangé, en tout et pour tout, une banane le matin, rapporte la directive de l’organisme. Il était 14 h et il faisait -10. Elle portait des espadrilles et des petits bas. J’étais là. Elle a perdu connaissance trois fois. D’aller se promener en forêt en hiver avec ces conditions, les chances qu’il t’arrive quelque chose sont assez élevées.»

D’autres arrivent une heure avant le coucher du soleil et partent sans lampe frontale, ou encore sans crampons. Elle rappelle qu’il est important de bien se préparer en se nourrissant et en s’hydratant bien avant et pendant la randonnée et en ayant les équipements appropriés, de même que des vêtements chauds dans son sac.

Lors des interventions, entre 8 et 15 sauveteurs sont déployés et sont payés minimalement trois heures. 

Ailleurs

À Bromont, où les sentiers sont nombreux tout comme les utilisateurs, la facture n’est pas transmise à l’usager après son sauvetage en forêt. «Il n’y a pas de discussions en ce sens, mais cela fait quand même partie des préoccupations du Service sécurité incendie dont l’équipe est déployée lors de ces interventions», souligne par courriel Catherine Page, directrice des communications de la Ville de Bromont.

En 2020, près de vingt interventions ont été réalisées par le SSI de Bromont. Les cas les plus fréquents sont des cyclistes blessés. Tout comme à Sutton, il y a «plus de non-résidents que de résidents parmi les rescapés».

Dans les parcs de la SÉPAQ, les frais encourus par un sauvetage en forêt sont à la charge de l’usager, prévient l’organisation sur son site web. On ajoute qu’il est possible d’avoir une assurance pour couvrir ces frais.

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À propos de l'auteur La Voix de l'Est

La Voix de l'Est est un journal quotidien appartenant à la Coopérative de solidarité La Voix de l'Est et publié à Granby au Québec. C'est le quotidien desservant la plus petite région géographique au Québec. Il est actuellement édité par la Coopérative La Voix de l'Est, membre du groupe de presse Coopérative nationale de l'information indépendante depuis 2020.

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