Médias russes attaqués dans les pays baltes : une «purge» des points de vue alternatifs, pour Moscou

Dans un communiqué publié ce 13 janvier, le ministère russe des Affaires étrangères accuse la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie de mettre en péril la liberté de la presse en attaquant des journalistes, ciblés pour leurs liens avec la Russie. Moscou évoque ainsi une situation «préoccupante», certains journalistes ayant été arrêtés, au moins un expulsé et d’autres encore menacés, au nom des sanctions européennes contre la Russie.

«Nous considérons ces actions agressives comme un exemple flagrant d’une attaque contre les fondements de la société démocratique : la liberté des médias et la liberté d’expression», a ainsi commenté le ministère russe des Affaires étrangères au sujet de la situation dans les pays baltes.

Le communiqué souligne en outre que ces méthodes s’inscrivent dans la continuité de la tentative des pays occidentaux d’«intensifier la régulation et de facto, de purger toutes sources d’informations représentant des points de vues alternatifs». Le ministère a encore assimilé le «blocage de masse de contenu russe» à «rien de moins que de la censure ouverte».

Une volonté de «criminaliser tout contact avec la Russie» ?

Dernièrement, plusieurs journalistes travaillant pour des médias russes se sont en effet heurtés aux autorités des trois pays baltes, qui leur reprochent de violer les sanctions européennes visant le patron de l’agence de médias russe Rossia Segodnia, Dmitri Kisselev.

En décembre, la Lettonie avait ainsi procédé à l’arrestation de sept journalistes travaillant pour des médias liés à la Russie, à savoir la branche locale de Sputnik (média fondé par Rossia Segodnia), ainsi que le site Baltnews, filiale cette même agence. En effet, les gouvernements letton, lituanien et estonien interprètent les sanctions européennes qui interdisent à Dmitri Kisselev de voyager au sein de l’Union européenne et d’y posséder des actifs financiers, comme une interdiction pure et simple de travailler pour une filiale de Rossia Segodnia.

Pourtant, Vladimir Linderman, figure de l’opposition lettone et qui fait partie des sept journalistes arrêtés, y voit surtout un prétexte. «[Rossia Segodnia] est une entreprise d’Etat, et n’est pas détenue par Kisselev, qui est sur la liste de sanctions», explique-t-il à RT.

«Je pense que les autorités lettones tentent de criminaliser tout contact avec la Russie, afin de pouvoir coller une affaire pénale à toute personne qui a des contacts professionnels avec la Russie», poursuit Vladimir Linderman. Ciblé par une perquisition à son domicile le mois précédent, cet activiste en sait quelque chose. Confronté à plusieurs passages devant les tribunaux et notamment accusé d’avoir cherché à renverser le gouvernement (une accusation qui a finalement été abandonnée faute de preuves), le journaliste s’estime visé par des tentatives de faire taire son activisme politique.

Et les problèmes ne s’arrêtent pas aux frontières de la Lettonie pour les journalistes des médias russes. En 2019, la Lituanie avait pour sa part expulsé le rédacteur en chef de la branche locale de Sputnik, Marat Kasem, citoyen lituanien. Décrété comme une menace pour la sécurité nationale, il s’est vu interdit de revenir en Lituanie pour cinq ans.

L’an passé, les deux pays ont par ailleurs interdit RT, toujours au nom soi-disant des mêmes sanctions européennes, semblant oublier au passage que Dmitri Kisselev ne préside en aucun cas la chaîne d’information.

Evoquant les mêmes violations présumées des sanctions européennes, les autorités estoniennes ont pour leur part menacé les employés de la branche locale de Sputnik de poursuites, et fait pression sur les banques travaillant avec l’agence de presse. Depuis le 1er janvier, Sputnik ne dispose plus d’aucun employé en Estonie.

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