Dans «The Good House», l’actrice Sigourney Weaver joue avec vitalité une agente immobilière, pour qui l’alcoolisme est un combat de tous les jours. Notre compte-rendu du TIFF.

Le film Another Round (Druk) du Danois Thomas Vinterberg, reparti l’an dernier avec l’Oscar du meilleur film international, posait sur l’alcoolisme un regard d’ambiguïté, avec plusieurs scènes fortes et un Mads Mikkelsen à son sommet.

Le sujet est chaud dans nos sociétés imbibées. Lancé au TIFF, un film américain plus conventionnel, The Good House de Maya Forbes et Wallace Wolodarsky, adapté du roman éponyme d’Ann Leary qui s’ancre dans une petite ville portuaire du Massachusetts, s’y colle à son tour.

Si, dans les pays scandinaves, boire avec excès peut devenir un sujet à débats passionnés, chez nos voisins du Sud, la morale s’invite malgré des passages plus piquants sur les plaisirs de la consommation à outrance.

The Good House donne la vedette à Sigourney Weaver, capable d’insuffler une vitalité à des propositions sans grand éclat cinématographique.

Dans la peau de Hildy, agente immobilière sur le retour, jadis florissante, maintenant divorcée, pleine d’intelligence et de charme, elle impose ses contours de subtilité.

Les abus de bouteille de la protagoniste constituent un irritant majeur pour ses proches, mais les parenthèses de sobriété durent le temps des roses. Certaines scènes festives après coup de vodka témoignent des joies de l’ivresse retrouvée. La femme sous influence renaît de ses cendres.

Beau personnage quand même. Car Hildy descend d’une des sorcières de Salem et possède des pouvoirs de clairvoyance qui font fureur dans les dîners. Sa famille habite le coin depuis des siècles.

Elle tire fierté de ses ascendances, travaille fort tout en perdant pied. Car la profession change et sa vie également, sans que la combative Hildy ait trop envie de le percevoir. Sa mère buvait davantage à une époque plus permissive. L’alcool se déverse sur une chaîne générationnelle ici.

Mis à part Kevin Kline, délicieux en ancienne flamme retrouvée, la distribution secondaire ne fait guère d’étincelles, et plusieurs pistes scénaristiques auraient pu se voir mieux bouclées.

Mais Hildy, en femme à qui son métier et son flair permettent de saisir les secrets des gens, devient sous le jeu sensible de cette grande actrice une figure complexe, tantôt dominante, tantôt au bord du gouffre. The Good House manque malgré tout du brin d’audace qui pousse une œuvre à se démarquer.

Et en montrant un coin de Nouvelle-Angleterre (tourné en Nouvelle-Écosse), les cinéastes auraient gagné aussi à explorer l’avenir des lieux de beauté menacés par une modernité kitsch qui leur enlève une âme.

Plus troublant et visuellement séduisant : Flee, du Danois Jonas Poher Rasmussen, couronné à Sundance au début de l’année. On entre ici en terre du documentaire animé, biopic sous dessins aux traits tendres ou violents, nets, chargés.

Voici le parcours du combattant de l’Afghan Amin Nawabi (nom d’emprunt), réfugié clandestin avec sa famille en Russie, catapulté au Danemark en se prétendant orphelin pour être admis au pays.

La trajectoire terrifiante de cet homme gai, qui trouve une liberté sexuelle en Europe tout en demeurant longtemps coupé des siens, sur touches d’humour et de drames infinis, émeut davantage que par le biais d’un documentaire traditionnel. Le dessin parvient à transmettre des sensations intangibles, à montrer les cargos d’enfer où s’entasse un bétail humain, à révéler l’être caché sous l’étiquette de réfugié. Dans ce film centré autour de séances d’Amin avec son thérapeute, des secrets remontent à la surface, des nœuds se dénouent.

On pense à Valse avec Bachir de l’Israélien Ari Folman pour la charge et la portée politique d’un documentaire animé. Flee, à travers un destin particulier, ouvre une porte sur les traumatismes de tous les réfugiés du monde et mériterait d’amplement circuler.

<h4>À voir en vidéo</h4>

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