Face à la Chine, Joe Biden trace froidement sa route

Plus que jamais, la confrontation avec la Chine s’impose comme la grande priorité internationale de Joe Biden. Et le président des États-Unis trace froidement sa route, quitte à faire des dommages collatéraux parmi ses alliés.

L’alliance « indopacifique » annoncée mercredi avec l’Australie et le Royaume-Uni est la dernière manifestation de ce pragmatisme diplomatique lorsqu’il s’agit de contrecarrer les ambitions grandissantes de Pékin : elle voit le jour au détriment de la France, qui se retrouve exclue et perd au passage une énorme commande de sous-marins qu’elle devait vendre à Canberra.

« La priorité, c’est la concurrence avec la Chine , résume Benjamin Haddad, du cercle de réflexion américain Atlantic Council.  Tout le reste n’est que distraction. »

Ce chercheur français installé aux États-Unis y voit « une forme de continuité » avec le mot d’ordre « America First » (« les États-Unis d’abord ») de l’ex-président républicain Donald Trump — sur le fond, oui, mais aussi « de plus en plus dans la méthode assez unilatérale ».

Joe Biden a immédiatement adopté la même fermeté que son prédécesseur à l’égard du géant asiatique, érigé en « plus grand défi géopolitique du XXIe siècle » par son secrétaire d’État, Antony Blinken. Mais son message — « America is back », « de retour » auprès de ses alliés — se voulait en rupture avec l’unilatéralisme du milliardaire républicain.

Ses premiers mois ont semblé donner des gages dans ce sens, avec la multiplication des égards à l’endroit de l’Union européenne et de l’OTAN, et la volonté affichée de bâtir un front commun contre la Chine. Le retrait d’Afghanistan a toutefois montré les limites de la démarche.

Malgré la tenue de consultations sur la décision de mercredi, plusieurs alliés européens, Allemands et Britanniques en tête, n’ont pas caché leur mécontentement face à la politique américaine du fait accompli.

Faire face au « défi chinois »

« Le monde change. Nous sommes engagés dans une compétition cruciale avec la Chine », a répondu le président Biden au lendemain du départ du dernier soldat américain d’Afghanistan, expliquant que la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis était, justement, devenue une distraction que Washington ne pouvait plus s’offrir. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche il y a huit mois, le démocrate a clairement montré qu’il s’agissait là d’un objectif qui écrasait tous les autres.

En politique intérieure aussi, ses mégaplans d’investissements économiques sont justifiés par la nécessité de tenir la dragée haute à la puissance rivale.

Et lorsque des imprévus ont surgi dans le déploiement de sa stratégie internationale, comme la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas dans la bande de Gaza au printemps, ou l’effondrement soudain de l’armée afghane cet été, le 46e président des États-Unis a un temps semblé déstabilisé — comme agacé par tout ce qui pouvait le dévier de son chemin.

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Vue de Washington, l’alliance indopacifique n’est pas forcément en contradiction avec le multilatéralisme vanté par Joe Biden. « Elle met l’accent sur l’importance donnée aux alliances et aux partenariats », estime Walter Lohman, directeur des études asiatiques à la fondation conservatrice Heritage. Selon lui, faire face au « défi chinois » nécessite « toutes les bonnes volontés ».

À cet égard, doter l’Australie de sous-marins à propulsion nucléaire, moins facilement détectables par Pékin, est une avancée « très importante » qui méritait à ses yeux ce petit coup de canif à la relation franco-américaine. « Au bout du compte, les Français sont de grands garçons ,  ils comprennent comment marchent les ventes d’armes mieux que quiconque », dit-il à l’AFP. « Ils vont s’en remettre »

« Mais il sera important de garder un rôle pour la France à l’avenir dans la réflexion stratégique des États-Unis dans la région, peut-être en parallèle », explique-t-il.

Les pays occidentaux doivent probablement s’habituer à ces relations en dents de scie. Le gouvernement Biden va en effet privilégier « des alliances à géométrie variable en fonction de ses intérêts », prévient Benjamin Haddad, qui redoute toutefois que l’Europe passe « de plus en plus au second plan ».

Malgré ses origines irlandaises, et le prisme pro-européen qui l’a longtemps caractérisé, le président américain semble ainsi confirmer plus que jamais le « pivot » vers l’Asie amorcé il y a une dizaine d’années par Barack Obama — dont il était à l’époque vice-président.

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