Soir de retrouvailles au FIJM

À 21 h 45 mercredi soir, au premier jour du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), Beyries et son orchestre ont monté sur la même grande scène que celle érigée il y a deux ans et deux mois à l’extrémité nord de la place des Festivals. C’était, vu de loin, un festival de jazz comme ceux d’avant, la musique reprenant ses droits au centre-ville. De la scène, cependant, l’impression devait être différente : au lieu de dizaines de milliers de spectateurs qu’attire normalement la fête du jazz, deux ou trois mille paires d’oreilles tout au plus, séparées par zone et par un mètre de distance.

L’autrice-compositrice-interprète n’en a pas fait de cas. Plutôt ravie, paraissait-elle même, d’avoir été invitée à jouer devant ce qui a dû être sa plus importante audience en dix-huit mois. Son pianiste et son batteur ont même donné une couleur jazz aux orchestrations de la première chanson du programme, manière de saluer le retour du festival chéri, malgré les restrictions.

De la même façon, le compositeur Mathieu David Gagnon semblait touché d’être sur la grande scène extérieure du FIJM pour présenter son projet instrumental Flore laurentienne. Aux claviers et aux synthés, accompagné de deux autres claviéristes et d’un quatuor à cordes, il a repris le corps de son album Volume 1 (paru à l’automne 2019), glissant durant la première moitié de son concert quelques pièces inédites et plus densément meublées par les sonorités électroniques, pièces qui se retrouveront probablement sur ce nouvel album qu’il vient de terminer d’enregistrer.

Ça faisait du bien de renouer avec le festival, même sans la fébrilité ambiante. Car il nous était impossible d’ignorer les mesures sanitaires mises en place qui tempèrent les ambitions du festival. Il n’y a que deux scènes, celle de la place des Festivals et celle du Parterre symphonique, plus à l’est, auxquelles il faut tout de même ajouter la minuscule scène plantée rue Sainte-Catherine devant les marches du parvis de la Place des Arts. On y présente de modestes mais chaleureux spectacles non annoncés — le guitariste blues Paul DesLauriers y jouait en début de soirée, accompagné par son bassiste (Alec McElcheran, sauf erreur) et la chanteuse Annika Chambers, qui offrait une leçon de blues texan au public détendu assis sur les marches.

Hors des scènes clôturées, pas de bar, ni de marchands de hot-dogs. Dans les rues entre les scènes, peu ou prou d’animation. Les kiosques les plus achalandés étaient ceux où les festivaliers récupéraient leur « accréditation vaccinale ». L’organisation a adopté la même procédure testée par le Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue il y a deux semaines : le spectateur doit faire valider son passeport vaccinal en échange d’un bracelet lui donnant accès aux concerts, pour lesquels il fallait préalablement avoir réservé sa place sur le site du festival.

Or, si la majorité des festivaliers avaient réservé leur billet gratuit, il était toujours possible de s’en procurer un sur place, par exemple au guichet sis boulevard de Maisonneuve, à l’ouest de la rue Saint-Urbain, où un préposé muni d’un ordinateur distribuait les places encore libres aux différents concerts de la soirée. Ainsi, à 17 h 15, au Parterre symphonique, personne n’a été refoulé : l’auditoire était clairsemé en cette fin de journée grisâtre lors du solide concert de Yannick Rieu et de son quintet présentant le matériel de l’album MachiNation.

À l’heure de l’apéro, en ouverture de la 41e édition du FIJM, Rieu et ses hommes nous servaient un jazz électrique que les premières rangées du parterre ont apprécié assis sur la pelouse. Il était encore tôt, les festivaliers n’étaient pas encore tous sortis du bureau, et le quintet nous jouait une musique d’évasion. Avec ce petit moment de grâce comme le festival sait parfois nous en offrir : sur le coup de 18 h, pendant que Dan Thouin exécutait un précieux solo au piano, les cloches de l’église voisine ont décidé de l’accompagner pendant quelques minutes. Le saxophoniste Rieu s’en est réjoui au moment des salutations, à la fin du concert : tout a été mis en œuvre pour nous faire vivre un grand concert de jazz.

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