Législatives en Russie : quels enjeux pour les électeurs du pays ?

Le scrutin législatif russe, qui débute ce 17 septembre, se déroule sur trois jours – jusqu’au 19 septembre – partout dans le pays. Ces élections interviennent un peu plus d’un an après l’adoption en 2020 par voie de référendum d’amendements constitutionnels qui ont, entre autres, considérablement élargi le pouvoir des législateurs russes.

Comme pour la consultation populaire de 2020, l’élection des 450 députés de Douma se fait désormais dans certaines régions via le vote en ligne, mis en place dans le cadre de la pandémie. Selon une récente enquête du Centre de recherche sur l’opinion publique russe, le taux de participation est estimé entre 48 à 51 %.

La chambre basse du Parlement ouvre un nouveau chapitre de son histoire

Plus de responsabilités, plus de devoirs et plus de pouvoir : les vainqueurs du scrutin s’apprêtent à assumer un poids politique accru dans le cadre de la réforme constitutionnelle qui, comme le résume pour RT France Karine Béchet-Golovko, docteur en droit public et animatrice du site d’analyse Russie Politics, a permis «un rééquilibrage, dans le sens du contrôle, du rapport de force entre les législateurs et l’exécutif». «On sent une prise de conscience majeure des députés quant à l’importance de leur rôle. Ils bénéficient aujourd’hui de plus de compétences, ils se sentent plus responsables», souligne la politologue qui prend l’exemple du récent débat parlementaire sur un projet de loi visant à faire rentrer la vaccination contre le Covid-19 dans la liste des vaccins obligatoires en Russie. En retoquant cette proposition de loi après avoir pris en compte les sollicitations citoyennes et les recours d’experts en la matière, «les députés ont montré qu’ils sont des acteurs réels de la vie politique du pays», selon elle.

Ainsi que l’explique Vera Gaufman, correspondante de RT France à Moscou, dans son analyse des nouvelles attributions de la chambre basse du Parlement, les amendements constitutionnels de 2020 ont en outre renforcé le contrôle parlementaire via une série d’actions en justice que la Douma peut dorénavant entreprendre pour remanier différents aspects de la gouvernance du pays, comme les finances. 

Auteur: RT France

Santé, enseignement et retraites : les grands thèmes de campagne

Selon une récente enquête du Centre russe de recherche sur l’opinion publique, la part de la population étudiant en profondeur les différents programmes proposés par les partis en lice s’élèverait à seulement 13%. Mais plusieurs grands thèmes se retrouvent néanmoins, d’après cette même étude, au cœur des préoccupations des citoyens russes ; les soins, l’enseignement et la situation des retraités figurent ainsi sur le podium tandis que seule la moitié de la population s’intéresse à la politique étrangère.

En tout état de cause, «l’épidémie a renforcé les préoccupations d’ordre socio-économique», souligne Karine Béchet-Golovko, selon qui la population russe est évidemment extrêmement concernée par la relance économique du pays ainsi que la stabilisation de la situation sociale. Evoquant une «augmentation des prix» et une «baisse des revenus réels de la population», toutes deux liées au contexte de crise sanitaire, elle insiste également sur l’importance qu’a pris la question des retraites depuis la réforme de 2018 qui a repoussé de cinq ans l’âge légal de départ à la retraite. «C’est une réforme qui a été mise en place dans une logique néolibérale et qui passe mal», rappelle notre interlocutrice. 

La politologue souligne également l’importance des préoccupations liées à «l’explosion des frais communaux». «En Russie, en général, vous payez de façon groupée chaque mois les frais d’eau, d’électricité, de téléphone fixe, de chauffage, ou encore d’entretien […] il y a aujourd’hui un problème de régulation des prix liée à la libéralisation du marché», explique Karine Béchet-Golovko.

14 partis politiques qui n’accéderont pas tous à la Douma

Sur les 14 partis politiques qui sont en lice, seules cinq formations auraient une chance de siéger à la Douma à l’issue du scrutin, selon le Centre de recherche sur l’opinion publique russe, qui a étudié les intentions de vote en amont du scrutin. En tête, le parti Russie Unie bénéficiait ainsi début septembre de 29,4 % des intentions de vote au sein des électeurs actifs.

Ce parti, qui soutient Vladimir Poutine, entend continuer d’incarner, entre autres, une garantie de la stabilité politique et de l’inviolabilité de l’ordre constitutionnel. La formation prône par ailleurs la promotion du développement des branches de haute technologie de la science et de l’industrie ou encore l’augmentation des capacités de Défense du pays.

Vient en deuxième position le Parti communiste avec 16,5% d’intentions de vote parmi les électeurs actifs. Revendiquant avant tout son opposition au capitalisme dans le monde, face auquel il cultive l’esprit de résistance, le parti a fait campagne sur des thèmes tels que le renforcement du contrôle exercé par les citoyens sur les organes représentatifs du pouvoir, le maintien de la Défense nationale ou encore l’instauration de normes élevées dans l’enseignement secondaire et supérieur.

En troisième place, le parti libéral-démocrate, qui totalise 10 % des intentions de vote chez les électeurs actifs, appelle de son côté à la restauration de la Russie en tant que grande puissance, sans la diviser en républiques nationales ; et défend par ailleurs l’unité des peuples orthodoxes et slaves. 

Arrivent en suite les partis Russie juste et Nouveau peuple, respectivement fondés en 2006 et 2020. Le premier, qui se revendique de la social-démocratie et qui dispose actuellement de 22 sièges à la Douma, propose des mesures telles que «la multiplication des salaires par trois» ; le second, qui a obtenu moins d’une dizaine de sièges à l’occasion des élections régionales de 2020, se positionne au centre-droit de l’échiquier politique national.

Des formations écartées de la compétition

La proposition de loi prévoyant l’interdiction temporaire de se présenter à des élections pour les dirigeants ou membres d’organisations reconnues par la justice comme «extrémistes» ou «terroristes», ainsi que pour les personnes impliquées dans ces structures, a été promulguée le 4 juin 2021 par Vladimir Poutine.

Critiquées par une partie de l’opposition à ce sujet, les autorités ont justifié cette mesure par le fait d’appuyer leurs efforts de lutte contre «l’extrémisme» et «les tentatives d’ingérence», notamment attribués à plusieurs organisations créées par Alexeï Navalny. «Sous couvert de slogans libéraux, ces organisations s’emploient à créer un environnement qui déstabilise la situation sociale et sociopolitique. Les objectifs réels de leur activité consistent à créer les conditions pour changer les fondements de l’ordre constitutionnel, y compris via l’utilisation d’un scénario de révolution de couleur», avait notamment fait savoir le bureau du procureur de Moscou dès le mois d’avril.

Actuellement en prison à la suite de multiples violations de son contrôle judiciaire dans le cadre d’une condamnation pour détournements de fonds, l’opposant Alexeï Navalny, qui reste en mesure de communiquer via différents réseaux sociaux, a pour sa part appelé le 15 septembre ses sympathisants à voter «intelligent» en apportant des voix aux candidats les mieux placés face au parti Russie Unie, et notamment les communistes (environ 140 candidats sur les 225 qu’il appelle à soutenir). 

Or, selon l’AFP, une application mise en place par le mouvement d’Alexeï Navalny permettant d’orienter les électeurs a été retirée d’Apple et de Google. Leonid Volkov, proche de l’opposant, a accusé les géants américains d’avoir, de la sorte, «cédé au chantage du Kremlin». Dmitri Peskov, porte-parole du pouvoir russe, a pour sa part souligné que les plateformes s’étaient simplement conformées à la loi, cette application étant «illégale» dans le pays.

Les alternatives politiques russes gommées du récit médiatique occidental ?

Au sujet de ce logiciel pour smartphone, Karine Béchet-Golovko parle d’«une application qui dépasse l’exercice démocratique». «C’est une application avant tout anti-étatique, qui permet de donner du poids à quelque chose qui ne participe pas à la constitution d’organes de pouvoirs. Son but est de fausser le vote, notamment en entraînant les gens vers des systèmes parallèles stériles, sans impact réel», déplore la politologue qui réagit par ailleurs à certains récents titres de la presse occidentale selon lesquels le scrutin législatif en Russie aurait été organisé «sans opposition».

Selon elle, une partie du paysage médiatique occidental considère uniquement comme faisant partie de l’opposition «les alternatives au système idéologique en Russie qui prônent une autre logique du pouvoir». «Ce récit médiatique ne prend pas en compte l’opposition qui propose une alternative politique», estime la politologue qui évoque ici en premier lieu le rôle du parti communiste, premier parti d’opposition, qu’elle décrit comme «très virulent» sur toute une palette de sujets au cœur des préoccupations de la population : «Le parti communiste s’est opposé très fermement et continue de critiquer la réforme des retraites, il dénonce de façon tout aussi virulente la réforme scolaire qui vise à renforcer le rôle du numérique», explique-t-elle.

La Russie au défi d’ingérences étrangères ?

Avant la récente suppression de l’application mobile du «vote intelligent» par Google et Apple, Moscou avait accusé plusieurs géants américains du numérique de violer la législation russe en rendant accessibles certains contenus en ligne jugés illégaux en Russie.

Le 14 septembre, Facebook et Twitter ont ainsi respectivement été condamnés par le tribunal de Moscou à 21 et cinq millions de roubles pour avoir refusé de bloquer de tels contenus illégaux.

Quasi simultanément, l’ambassadeur des Etats-Unis John Sullivan s’est de son côté vu remettre par le ministère russe des Affaires étrangères un dossier sur des tentatives présumées d’ingérence américaine dans le scrutin législatif. «C’est assez sérieux, vraiment. Nous attendons toujours une réponse de nos collègues américains pour savoir pourquoi cela s’est produit», a expliqué le 15 septembre le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Réagissant à un récent rapport du Parlement européen selon lequel l’UE devrait s’apprêter à ne pas reconnaître les résultats des élections législatives en Russie et à soulever la question d’une éventuelle suspension de la participation russe à des structures parlementaires internationales, la porte-parole du ministère, Maria Zakharova, a pour sa part dénoncé le 16 septembre «une ingérence inadmissible dans les processus démocratiques nationaux de la Fédération de Russie».

Ce n’est pas la première fois que Moscou et Washington s’interpellent en matière d’ingérences électorales, une thématique dans laquelle s’accusent régulièrement les deux diplomaties de façon réciproque, avec toutefois un retentissement médiatique occidental plus prononcé lorsqu’il s’agit d’appuyer les accusations américaines visant la Russie. 

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