Le soutien au comportement positif

Omicron, hausse vertigineuse des hospitalisations et tout ce qui s’ensuit : qui aurait prédit, il y a seulement quelques mois, que nous en serions aujourd’hui là ? Et qui pourrait, avec un minimum d’assurance, dire où nous en serons dans à peine quelques mois ? On ouvre les écoles ou pas ? Avec quels effets ? Qu’est-ce qui justifiera qu’on les referme ?

J’aime lancer à la blague que je suis mauvais pour faire des prédictions, surtout si elles concernent l’avenir. Mais le fait est que la crise que nous traversons, qui nous demande de déterminer des règles de conduite, rend plus pertinente que jamais la remarque de Donald Rumsfeld qu’il convient, pour prédire et pour agir, de distinguer entre les connus connus, les inconnus connus et les inconnus inconnus.

J’avance que l’attitude rationnelle est de refuser le dogmatisme et de prendre des décisions fondées sur les meilleures données probantes disponibles, mais aussi de reconnaître qu’il faudra, si la situation l’exige, si notre savoir évolue, réviser nos analyses et nos pratiques.

Cette perspective « faillibiliste » est au cœur du recours aux données probantes en éducation et de son indissociable petite-cousine, la gestion axée sur les résultats.

Je voudrais vous en donner un exemple : le soutien au comportement positif (SCP). Je me suis pour cela tourné vers un des chercheurs qui connaissent le mieux le sujet, qui travaille à mettre en place cette manière de faire dans les écoles : Steve Bissonnette (TELUQ).

De quoi s’agit-il, exactement ?

Bissonnette explique : « C’est un modèle de réponse à l’intervention (RAI) qui restructure la gestion des comportements en utilisant un ensemble de pratiques et de stratégies éducatives afin, d’une part, de prévenir et de gérer efficacement les écarts de conduite des élèves et, d’autre part, d’établir et de maintenir un environnement favorisant l’enseignement et l’apprentissage. Le SCP a été développé aux États-Unis il y a plus de 30 ans par les chercheurs Georges Sugai et Rob Horner de l’Université de l’Oregon. »

Bien. Mais, concrètement, comment fait-on ?

On agit à l’échelle de l’école. On définit clairement les comportements qu’on souhaite en classe et hors de la classe ; on les enseigne explicitement ; et on peut ainsi les reconnaître quand on les observe. De plus, on définit un continuum d’interventions afin d’agir efficacement auprès des problèmes comportementaux.

Cela demande que tout le personnel adhère au changement proposé, qu’un comité de pilotage soit formé et que l’école soit accompagnée par un professionnel expérimenté du SCP afin d’implanter le système correctement.

Le système encourage chaque école à déterminer ses propres besoins en relevant et en analysant de façon systématique des données sur les problèmes comportementaux vécus et en faisant en sorte que le personnel travaille en collaboration pour élaborer une approche cohérente et positive de la discipline dans l’école.

« Par exemple, une école qui préconise le respect auprès de ses élèves forme un comité comportement qui définira concrètement les comportements minimaux attendus d’un élève respectueux dans chacun des lieux de l’établissement (classe, corridors, escaliers, toilettes, cour extérieure, cafétéria, etc.). Par la suite, ce comité élabore, pour chacun des lieux de l’école, un plan de leçon pour enseigner explicitement (modelage, pratique guidée et pratique autonome) les comportements attendus associés au respect. Le comité définit un continuum d’interventions afin d’agir auprès des élèves qui n’adoptent pas les comportements enseignés. »

Avec quels effets ?

Bissonnette insiste : le SCP est fondé sur des données probantes. Ça fonctionne ! Et il me renvoie notamment au document suivant : Is School-wide Positive Behavorial Interventions and Supports (PBIS) and Evidence-based Practice ?, publié par le Center on PBIS. Et si ça ne fonctionne pas, ou pas assez ? Comme il se doit, on révisera alors son savoir et on ajustera ses pratiques.

Mais qu’en est-il chez nous ?

Bissonnette répond : « Je reprends ici quelques données fournies, dès 2016, par Antoine Déry, directeur général adjoint à la Commission scolaire des Laurentides [Centre de services scolaire des Laurentides] : « L’implantation chez nous du système de soutien au comportement positif (SCP) a débuté en 2012 et son efficience a été démontrée dès la première année d’expérimentation. Quatre ans plus tard, plus de 90 % des élèves sont exposés aux effets reconnus de ce système de gestion des comportements. »

Pour la première cohorte d’écoles primaires exposées à ce système, on a observé sur une période de quatre ans une réduction de 53 % des sorties de classe (ce qui arrive à un élève dont le comportement dérange le bon fonctionnement de la classe et empêche l’enseignant d’enseigner) ; une diminution de 62 % des événements majeurs (un comportement dangereux pour l’élève ou les autres, qui est illégal ou qui perturbe le bon fonctionnement de l’école) ; et une diminution de 89 % des actes d’intimidation (certains comportements, paroles, actes ou gestes engendrant des sentiments de détresse et visant à léser, blesser, opprimer ou ostraciser).

On peut consulter la section « Publications » de sa page de professeur pour en savoir plus sur l’efficacité du SCP.

<h4>À voir en vidéo</h4>

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À propos de l'auteur Le Devoir

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