Votre attention, s.v.p.

Distractions […] like butterflies are buzzing ’round my head

— Paul McCartney

Avec le retour en classe dans les écoles — et sous peu dans les cégeps et les universités —, bien des professeurs se demandent, comme on le fait depuis toujours dans la profession, comment ils pourront capter et garder l’attention de leurs élèves.

On ne peut en effet apprendre sans se concentrer sur le sujet étudié, et on ne le fera pas, ou mal, si notre cerveau papillonne sans cesse pour aller vers autre chose que ce qu’on doit comprendre. 

Passion, humour, intérêt pour le sujet nourri par des choses que connaissent et aiment les élèves, motivation par la réussite sont, avec bien d’autres, au nombre des stratégies déployées par les professeurs.

Mais depuis quelques années se répand de plus en plus dans le milieu la conviction que les plus jeunes semblent avoir plus de difficulté qu’autrefois à se concentrer sur une tâche, sur un sujet, sur un problème. Au nombre des coupables désignés figurent en bonne place le téléphone cellulaire et ses complices, la tablette et, à un moindre degré, l’ordinateur personnel. Quelle place leur faire en classe ? 

La question devient également vite pressante pour bien des parents qui se demandent s’ils doivent ou non, et, le cas échéant (qui vient inévitablement), à quel âge, permettre à leur progéniture de posséder un téléphone cellulaire. Ces parents sont conscients des indéniables dangers qu’il présente — avec, dans la foulée, cette fois encore, outre la tablette et l’ordinateur personnel, les jeux vidéo.

L’été dernier, l’éminent psychologue de l’éducation Daniel Willingham (son Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école ! devrait être une lecture obligatoire en éducation…) a prononcé sur ce sujet, en Angleterre, le discours d’ouverture d’un colloque d’enseignants. Il est accessible en ligne, dure une petite heure et vaut vraiment le détour.

Des données à considérer

Willingham rappelle par exemple que des mesures crédibles prises depuis des décennies montrent que la capacité à se concentrer est restée stable. Que vaut alors la conviction rapportée et documentée des professeurs sur la diminution de cette capacité ?

En gros, notre esprit papillonne et n’a cessé d’avoir cette tendance à s’évader, cela pour diverses raisons parmi lesquelles l’ennui que nous cause une tâche — écouter un cours jugé « plate » serait un bon exemple. Cette distraction est interne et est bien connue et étudiée.

Ce qui est cependant inédit, avec les nouveaux outils à notre disposition, c’est l’extraordinaire quantité d’éléments extérieurs qui sollicitent (et obtiennent) notre attention et augmentent les occasions de distraction externe. Un courriel, le signal qu’un tel a publié quelque chose sur telle plateforme, qu’une autre y a répondu, une demande venue d’on ne sait où, une proposition de lire telle chose sur tel sujet sur lequel on vient, ô hasard, justement de faire une recherche, et ainsi de suite.

Mettez devant tout cela des êtres comme nous, faits par l’évolution pour chercher et réunir de l’information ; mettez-les à un âge où cette recherche d’information a en outre une importance sociale et personnelle immense (« Tu ne savais pas que Pierre sort désormais avec Ginette qui a rompu avec Claude, qui… ») et vous avez là un puissant cocktail. D’autant que ces jeunes ont eux aussi du mal avec le multitâche (qui fait en sorte que, effectuant plusieurs choses à la fois, on tend à les effectuer moins bien) et que l’offre de choses à faire est désormais gigantesque, comme autant de distrayants papillons qui nous éloignent de cette diabolique équation quadratique qu’on doit pourtant comprendre…

Pour donner un peu une idée de tout ça, souvenez-vous de ce que signifiait hier encore voir un film. Il fallait le choisir dans la section cinéma du journal, puis se déplacer vers la salle qui le présentait et payer son entrée. Après cela, on restait bien entendu, sauf en de rarissimes exceptions, jusqu’à la fin de la séance. Aujourd’hui, on a accès à tant de films qu’on ne saurait même pas dire combien il y en a ; on passe un temps fou à sélectionner celui qu’on va regarder ; on l’abandonne souvent en cours de route ; et on regarde parfois le film choisi en jouant sur notre tablette ou notre iPad… avant de conclure qu’il n’était pas terrible, le film.

Willingham donne des trucs pour aider les étudiants à se concentrer, des stratégies souvent toutes simples et qu’on peut recommander à nos élèves et à nos enfants. Ce sont par exemple des bouchons pour les oreilles, surtout en certains lieux problématiques, comme des cafés ; un signal prévu et récurrent qui, si notre esprit vagabonde, nous ramène à la tâche à accomplir (les personnes qui pratiquent la méditation font, paraît-il, cela) ; le recours à des logiciels qui aident à réguler, à contrôler son accès et sa fréquentation d’Internet et des divers médias sociaux (comme Cold Turkey ou Self Control), entre autres solutions.

En classe et à la maison

Mais revenons au téléphone cellulaire.

Parmi les pratiques d’enseignants que je connais, il y a celle de prévoir un contenant où les élèves doivent le déposer en entrant dans la classe. Dans certains cas, et c’est un incitatif, le téléphone peut y être rechargé. D’autres enseignants l’autorisent pour certaines tâches choisies : utilisé autrement, le téléphone est confisqué au nom de l’aide à la réussite.

Vous avez d’autres exemples de manières de gérer le cellulaire en classe ? Racontez-moi !

Vous êtes parent de jeunes enfants ? Quels sont vos trucs ? Racontez-moi. Je suis curieux.

<h4>À voir en vidéo</h4>

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À propos de l'auteur Le Devoir

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