La carrière de Dick Pound au CIO tire à sa fin

Au cours de sa carrière de 44 ans, Dick Pound a occupé presque tous les postes au sein du Comité international olympique (CIO), sauf celui de président.

Arrivé à l’âge obligatoire de la retraite de 80 ans en mars, le Canadien devra tirer sa révérence à la fin de l’année. Celui qui a transformé le paysage olympique sur le plan télévisuel, des droits de marketing et de l’antidopage poursuit toutefois momentanément son travail à titre de membre honoraire.

Son implication dans le mouvement olympique couvre plus de 60 ans et remonte à 1960 : le nageur de St. Catherines, en Ontario, a participé aux Jeux de Rome tandis qu’il faisait ses études de droit à l’Université McGill. Il s’est joint au CIO en 1978.

Les membres élus après 1999 doivent se retirer à l’âge de 70 ans. « Après cela, vous n’avez plus le droit de vote. Vous êtes invités aux réunions et aux Jeux olympiques, mais vous n’avez plus réellement de fonction que celle de donner des conseils alors que personne ne vous écoute », explique en riant M. Pound à La Presse canadienne.

Il a aussi été membre du comité de direction, dont deux fois vice-président, pendant 18 ans, à compter de 1983. Souvent assigné à résoudre les problèmes internes comme externes du CIO, il a été à la base d’importantes réformes, tout particulièrement durant la présidence de Juan Antonio Samaranch, de 1980 à 2001.

« Il avait une grande confiance en lui et était à prêt à déléguer des tâches », raconte M. Pound. « Il me disait : “Écoute, ne fait que me dire ce qui se passe. Même s’il ne se passe rien, appelle-moi de temps à autre pour me dire qu’il ne se passe rien.” »

« Je travaille relativement rapidement. La plupart des avocats sont paralysés devant une page blanche : si vous leur donnez une ébauche de contrat, ils pourront l’améliorer, mais si vous leur donnez un document vierge, c’est très difficile pour eux d’inscrire les premiers mots. Je n’ai jamais eu ce problème. J’écris relativement bien et rapidement, et je ne m’implique pas dans des discussions inutiles ou qui n’ont pas de sens. »

La vigueur qu’a déployée Dick Pound afin de tenir responsable le CIO et ses quelques déclarations publiques franches ont piqué au vif certains collègues, ce qui lui a coûté les quelques votes nécessaires pour succéder à Samaranch en 2001.

Il venait alors de conclure une enquête touchant des membres du Comité international olympique qui avaient accepté des pots-de-vin pour l’attribution des Jeux olympiques d’hiver de 2002 à Salt Lake City.

Dix membres ont dû démissionner ou ont été expulsés, mais Dick Pound en a payé le coût politique. Le Belge Jacques Rogge a été élu président et le Canadien a terminé troisième du scrutin. « Je savais dès que j’ai eu ce dossier entre les mains que j’étais mort, dit-il. Les gens aiment des organisations propres, mais pas les nettoyeurs. »

« Je ne suis pas non plus la personne la plus sympathique au monde. Certaines personnes préfèrent être flattées et je ne suis pas du genre à flatter. »

La plaie du dopage

Sur l’ordre de Samaranch, Dick Pound est devenu le premier président de l’Agence mondiale antidopage (AMA) en 1999.

Grand défenseur du sport propre, il ne s’est pas fait prier pour s’atteler à la tâche — il a d’ailleurs écrit dans son livre Inside the Olympics, paru en 2004, que le dopage « était le plus important problème du sport ». « En tant qu’ex-athlète, vous n’aimez jamais perdre, mais vous savez que vous ne pouvez toujours gagner. Mais c’est bien différent que d’être victime de tricherie. C’est ce qui me choque du dopage », explique-t-il.

Les commentaires de M. Pound au sujet du cyclisme et du dopage avaient lancé à l’époque une guerre ouverte avec la vedette de l’époque, Lance Armstrong, et l’Union cycliste internationale. En 2006, Armstrong avait même écrit une lettre au CIO exigeant des réprimandes. Le champion cycliste déchu a finalement admis en 2013 avoir utilisé des produits dopants.

La présidence de Dick Pound à l’AMA a pris fin en 2007. Il a toutefois continué de siéger au sein de son conseil d’administration jusqu’en 2020, dirigeant d’ailleurs une large enquête sur le dopage au sein de l’athlétisme russe en 2015.

« Nous nous assurons de laisser savoir aux athlètes que tôt ou tard, ils vont se faire prendre. Nous conservons des échantillons pendant 10 ans et la science s’améliore d’année en année. Ce sera toutefois un travail constant, car il y aura toujours des sociopathes qui ne se soucient pas de ce qu’ils promettent, qui ne se soucient pas des règles », note-t-il.

L’homme du CIO

Dick Pound était l’homme du CIO quand de lucratives ententes de télédiffusion ont été signées dans les années 1980 et 1990, procurant à l’organisme une indépendance complète des gouvernements et villes hôtes.

En mai dernier, le président du CIO, Thomas Bach, a louangé son travail, disant du Canadien qu’il avait été « d’une détermination et inspiration inépuisables ».

« Vous étiez toujours prêt à lancer de vives discussions sur plusieurs sujets, a noté M. Bach. Parfois, certains les jugeaient trop envenimées, d’autres trouvaient qu’il y en avait trop. Mais nous avons toujours senti votre engagement immuable envers les valeurs olympiques, l’organisation du CIO et le sport propre. Ça a été et sera toujours votre motivation. »

Avec le départ de Dick Pound, la présidente du Comité olympique canadien, Tricia Smith, sera la seule représentante du Canada au CIO.

M. Pound dit avoir terminé son allocution aux membres du CIO, en mai dernier, par « bon courage » — puisqu’ils en auront besoin. « Dans un monde de plus en plus polarisé, il sera de plus en plus difficile de maintenir ses principes. Mais si vous ne le faites pas, c’est la fin pour vous. »

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