Des lectures pour l’été

                                                                                                                                                    L’année scolaire s’achève et je veux cette fois vous proposer deux lectures que je pense très enrichissantes et que devrait lire quiconque travaille en éducation ou s’intéresse au sujet — ça comprend tout le monde, je pense, et je l’espère…  

L’enseignement explicite

Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Marie Bocquillon nous offrent un riche et savant ouvrage qui devrait être une lecture obligatoire tant pour les chercheurs en éducation que pour les enseignants en exercice.

Questions théoriques et pratiques sur l’enseignement explicite (Presses de l’Université du Québec, 2022) comprend deux parties. La première, théorique, propose une critique d’idées reçues en éducation ; la deuxième traite de questions pratiques.

Ce livre, qui s’inscrit dans l’appel de plus en plus entendu aux données probantes, va certainement faire jaser. Il va aussi, j’en suis convaincu, faire connaître des tas de travaux (et leurs implications pratiques) dont on ne peut que se désoler qu’ils ne soient pas plus connus et mis en application.

L’entrée en matière donne le ton et indique clairement le positionnement des auteurs — et je me permets de les citer longuement : « [La recherche] n’a pas cessé de progresser ces 40 dernières années, et nous disposons désormais de résultats de recherches empiriques qui sont de plus en plus robustes et qui couvrent les différentes facettes du métier d’enseignant. La recherche contemporaine en enseignement prend appui sur ce que les enseignants font dans les classes ; elle tente de repérer les pratiques ou les stratégies des enseignants qui sont associées aux apprentissages des élèves. Elle nous apprend aussi que lorsqu’on se donne les moyens, par des protocoles expérimentaux, d’observer et de mesurer rigoureusement ce qui se passe en classe, les stratégies efficaces ressortent avec plus de clarté. Alors, au lieu de nous appuyer sur des idées préconçues, sur le fantasme de pseudo-approches pédagogiques miracles, nous avons pris le parti de tout faire passer par le filtre critique de la recherche empirique. »

Dans la première partie, on apprendra notamment des choses sur les effets des technologies et de l’enseignement virtuel (sujet d’une grande actualité), sur l’introduction des données probantes dans la formation des enseignants et sur les communautés d’apprentissage.

Un chapitre savoureux est consacré à l’importance trop dénigrée des trucs et recettes pour former des enseignants.

« Même si les enseignants ont besoin de trucs et de recettes pour fonctionner, et que des recherches peuvent leur en proposer à partir de protocoles rigoureux, ces outils sont constamment dévalorisés. Certains universitaires sonnent l’alarme à propos des supposés dangers de la rationalité instrumentale en enseignement et font vraiment un travail de sape qui, finalement, nuit aux enseignants en exercice et aussi, et surtout, à ceux en formation initiale. »

« Il est temps, disent les auteurs, de réhabiliter l’usage de recettes en éducation ! »

La deuxième partie de l’ouvrage donne justement des manières de faire, et même des trucs et recettes, et les enseignants vont se régaler de ce qu’on y trouve. Il y est question de l’importance de la rétroaction, de la consolidation des apprentissages par la pratique, de la lutte contre l’indiscipline par l’enseignement explicite des comportements et même de pédagogie universitaire.

Un exemple de ces choses passionnantes qu’on y découvre ? L’importance et l’efficacité de la pratique espacée pour apprendre et réviser et ce chouette truc appelé « boîte de Leitner » pour la mettre en pratique — je vous laisse la découvrir. Ça peut se faire seul chez soi, en dyades et même en classe.

En prime, dans le numéro d’été des Cahiers de lecture de l’Action nationale, on trouve un riche entretien accordé par Steve Bissonnette à Frédéric Morneau-Guérin qui saura vous préparer à la lecture de cet incontournable ouvrage.

Visions de l’éducation au Québec aux XIXe et XXe siècles

On passe à présent dans un autre, mais tout aussi riche, registre : celui de l’histoire avec La pensée éducative et les intellectuels au Québec. Les intellectuels nés entre 1850 et 1900 (PUL, 2021). Car, autant les données probantes sont importantes, autant il est indispensable de connaître l’histoire, la philosophie, la sociologie et la politique de l’éducation.

Ici, les nombreux auteurs de ce collectif dirigé par Olivier Lemieux, Jean-François Cardin et Denis Simard nous font découvrir les idées sur l’éducation de 12 penseurs québécois nés entre 1850 et 1900. Comment la concevaient-ils ? Quelle vision du savoir, de l’être humain, de l’économie et de la société les animait ?

Des chapitres sont notamment consacrés à Lionel Groulx, au frère Marie-Victorin, à Léon Gérin et à quelques autres figures bien connues. Mais on traite aussi de personnes que je ne connaissais pas ou peu, comme Joséphine Marchand-Dandurand, Laure Gaudreault ou Godfroy Langlois.

Une lecture passionnante !

On se retrouve le 3 septembre. D’ici là, je vous souhaite un magnifique été, du repos et de bonnes lectures.

<h4>À voir en vidéo</h4>

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Le Devoir a été fondé le 10 janvier 1910 par le journaliste et homme politique Henri Bourassa. Le fondateur avait souhaité que son journal demeure totalement indépendant et qu’il ne puisse être vendu à aucun groupe, ce qui est toujours le cas cent ans plus tard.De journal de combat à sa création, Le Devoir a évolué vers la formule du journal d’information dans la tradition nord-américaine. Il s’engage à défendre les idées et les causes qui assureront l’avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise.www.ledevoir.com

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