Des questions aux chefs des partis

À mon avis, l’éducation, l’une de nos institutions les plus importantes, n’occupe hélas pas la grande place qui devrait lui revenir en campagne électorale. Si j’en avais la chance, voici quelques sujets incontournables que j’aimerais aborder avec chacun des chefs des principaux partis.

À M. Legault, de la Coalition avenir Québec, j’aimerais demander comment il est possible qu’un parti qui défend la laïcité ne l’étende pas aux écoles privées, lesquelles sont de surcroît généreusement subventionnées. Je vois là une inacceptable et dangereuse incohérence. Les enfants de ces écoles n’ont-ils pas droit au même traitement que les autres, à la même protection de leur liberté de conscience, au même droit à un avenir ouvert ?

À M. Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, dont le parti veut mettre fin au financement des écoles privées, j’aimerais dire que c’est une décision qui pourrait aider à résoudre le drame du réseau scolaire à trois vitesses qui est désormais le nôtre. Mais que propose-t-il de plus en ce sens ? Car si on élimine ainsi une vitesse, il en reste deux autres…

À Mme Anglade, du Parti libéral, je voudrais demander quels sont, à son avis, les trois meilleurs arguments des gens qui veulent étendre la loi 101 au cégep et comment elle y répond. Je porterais une aussi grande attention à son choix des meilleurs arguments qu’à ses réponses…

À M. Duhaime, du Parti conservateur, j’aimerais demander quels arguments contre la conception de l’éducation comme capital humain il juge importants, crédibles, et comment lui et son parti entendent les prendre au sérieux dans leurs recommandations.

À M. St-Pierre Plamondon, du Parti québécois, j’aimerais demander qu’il précise le lien qu’il fait entre l’immigration, qu’il veut fortement réduire, et l’éducation, notamment supérieure. À ce sujet, pense-t-il possible d’agir dans le dossier des étudiants africains francophones qui désirent étudier ici, mais dont le taux de refus par le fédéral est anormalement élevé ?

Des questions pour tous

 

La pénurie d’enseignants n’est qu’un des nombreux indices que notre système d’éducation connaît des problèmes, et il y a fort à parier que la pandémie de COVID-19 va les aggraver. Que proposez-vous pour valoriser la profession enseignante ? Que proposez-vous pour y parvenir, en prenant en compte la donnée cruciale que l’on doit valoriser l’éducation elle-même pour le faire ? Voici un autre sujet majeur sur lequel j’aimerais entendre les différents chefs.

Je l’aborde avec deux exemples que nous apporte l’actualité toute récente.

D’abord, on vient tout juste d’annoncer que, pour venir en aide aux élèves en difficulté (il y en a beaucoup et il risque d’y en avoir de plus en plus à cause de la pandémie), on va mettre en place une plateforme virtuelle. On ne peut pas être contre la vertu et la bonne volonté, mais ce n’est pas là ce que les données probantes — les conclusions de recherches crédibles, qu’on peut tenir pour les plus solidement établies — prioriseraient.

Pour ce qui est du deuxième exemple, il semble qu’il y aurait au Québec 2,5 millions d’analphabètes fonctionnels âgés de 16 à 65 ans. Cela nous placerait en dernière position au Canada sur ce plan. C’est un énorme problème et cela implique la mise en place d’un vaste chantier si on veut le résoudre. Mais ici encore, si on se fie à ce que les données probantes nous apprennent, il faudrait revoir nos méthodes d’apprentissage de la lecture.

J’aimerais demander aux différents chefs ce qu’ils pensent du recours aux données probantes en éducation — là où elles existent, bien entendu. J’aimerais qu’ils prennent en compte, dans leur réponse, du fait que l’on dépense beaucoup d’argent en la matière et que mal investir ces ressources, c’est souvent se condamner à devoir dépenser des sommes importantes pour corriger des erreurs que l’on n’aurait peut-être pas commises si on avait tenu compte des recherches crédibles en éducation, en s’assurant que ce que l’on a mis en place fonctionne.

On continue.
 

Le rapport de la commission Cloutier sur la liberté universitaire rappelle que « les controverses médiatiques récentes [sur la liberté d’expression à l’université] ne sont […] pas des événements isolés ». « Elles représentent bien une tendance lourde dans le milieu universitaire et ont un impact certain sur la manière dont les membres de la communauté universitaire contribuent à la mission de l’université. » Entendez-vous prendre ce dossier au sérieux ?

Finalement, compte tenu de tous les défis que nous devons relever en éducation dans ce monde qui a tant changé depuis les années de la commission Parent, j’aimerais demander aux chefs des partis s’ils sont pour ou contre l’idée de lancer une commission Parent 2.0. Et de lui donner le temps et les moyens de consulter la population et les experts afin de dégager des consensus sur les finalités à poursuivre et les moyens de les atteindre.

Ce serait, à mon avis, faire ce qui s’impose aujourd’hui si on prend l’éducation au sérieux, comme il se doit.

<h4>À voir en vidéo</h4>

Adblock test (Why?)

Source : Lire l'article complet par Le Devoir

À propos de l'auteur Le Devoir

Le Devoir a été fondé le 10 janvier 1910 par le journaliste et homme politique Henri Bourassa. Le fondateur avait souhaité que son journal demeure totalement indépendant et qu’il ne puisse être vendu à aucun groupe, ce qui est toujours le cas cent ans plus tard.De journal de combat à sa création, Le Devoir a évolué vers la formule du journal d’information dans la tradition nord-américaine. Il s’engage à défendre les idées et les causes qui assureront l’avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise.www.ledevoir.com

Réagissez à cet article

Recommended For You