Des enquêteurs de l’ONU accusent Moscou de crimes de guerre en Ukraine

Des viols commis par des soldats russes sur des civils âgés de « 4 ans » à « 82 ans ». Des tortures par décharge électrique et passage à tabac, des attaques aveugles avec des « armes explosives à large rayon d’action dans les zones peuplées », des déplacements de prisonniers qui se terminent en disparition… Le comportement sordide de soldats russes sur le champ de bataille en Ukraine vient une nouvelle fois d’être vertement dénoncé par une Commission d’enquête de l’ONU qui vendredi, dans un rapport accablant, a accusé Moscou de « crime de guerre » commis dans quatre régions ukrainiennes.

Au septième mois de cette guerre d’invasion, c’est la première fois qu’une mission onusienne chargée d’établir les faits sur le terrain conclut, sans prendre les pincettes diplomatiques habituelles, à l’existence de tels crimes perpétrés par les forces du Kremlin.

« La commission a documenté des cas dans lesquels des enfants ont été violés, torturés et séquestrés illégalement », a indiqué le président de cette commission, Erik Mose, devant les membres du Conseil des droits de l’homme (CDH) réunis à Genève en Suisse. La délégation russe a boycotté cette réunion du Conseil. Il a ajouté : « Des enfants ont également été tués et blessés dans des attaques aveugles avec des armes explosives » en rappelant que « l’exposition aux explosions répétées, aux crimes, aux déplacements forcés et à la séparation des membres de la famille a profondément affecté leur bien-être et leur santé mentale ».

Une longue liste de crimes

 

Les enquêtes ont été menées dans les seules régions de Kiev, Kharkiv, Soumy et Tchernihiv par ce groupe d’experts mis en place en avril dernier. La Commission s’est rendue dans 27 villes et campements de réfugiés. Elle a interrogé plus de 150 victimes et témoins.

« Nous avons été frappés par le grand nombre d’exécutions dans les zones que nous avons visitées, a poursuivi M. Mose dans une déclaration de 11 minutes dont la tonalité et le caractère illustratif étaient particulièrement percutants. Les éléments communs de ces crimes comprennent la détention préalable des victimes ainsi que des signes visibles d’exécutions sur les corps, tels que les mains liées derrière le dos, les blessures par balle à la tête et les gorges tranchées. »

Sur les crimes sexuels, la commission d’enquête indique qu’« il existe des exemples de cas où des proches ont été forcés d’être témoin des crimes » commis, a précisé M. Mose, un juge norvégien et ancien président du tribunal pénal international qui a poursuivi les auteurs du génocide au Rwanda. Il a ajouté toutefois que son travail, en documentant des actions individuelles de soldats, ne permettait pas de conclure à l’existence d’un « cadre général de violence sexuelle » déployé comme « stratégie de guerre ».

Les conclusions du rapport d’enquête viennent allonger la liste des crimes commis par les forces russes depuis le début de cette guerre, particulièrement dans les territoires sous son occupation. La libération récente de plusieurs de ces zones, dans les régions de Kharkiv et d’Izioum par la contre-offensive spectaculaire de l’armée de résistance ukrainienne, a apporté d’autres preuves de ces crimes de guerre.

L’enquête se poursuit

Vendredi, Anton Korynevych, ambassadeur itinérant du ministère ukrainien des Affaires étrangères, a appelé à la création d’un tribunal spécial « sur le crime d’agression contre l’Ukraine » pour enquêter sur les hauts responsables politiques et militaires russes qui en sont les responsables. « Nous pensons qu’il n’y a pas de moment plus approprié pour combler une lacune flagrante dans l’architecture de la justice pénale internationale », a-t-il déclaré dans la foulée de la présentation de la commission d’enquête devant le CDH.

Le groupe d’experts a par ailleurs indiqué qu’il allait élargir la portée de son enquête dans les prochaines semaines sur les « camps de filtration » mis en place par les autorités russes pour forcer la migration de civils ukrainiens sur le territoire russe et sur les conditions dans lesquelles l’adoption d’enfants ukrainiens par des familles en Russie a été accélérée par Moscou.

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