Macron et l’énergie éolienne : politique de souveraineté ou volonté idéologique ?

«Je veux à cet égard qu’on aille deux fois plus vite, au moins, pour les projets renouvelables.» Depuis Saint-Nazaire, où il a visité la première ferme éolienne off-shore française le 22 septembre, Emmanuel Macron a donné le ton. «À l’échelle d’une mandature cela a quelque chose de terriblement frustrant de se dire, on lance un projet et puis il adviendra dix ans plus tard», lâchait en préambule le chef de l’Etat, prenant à témoin les élus locaux.

Pour le locataire de l’Elysée, le cas de ce parc éolien au large du Croisic, qui a pris «plus de dix ans» à émerger, ne doit plus se réitérer.

«Pour cela, il y a une loi qui va arriver» a affirmé le chef de l’Etat, évoquant également une «mobilisation de l’administration» en référence à son discours aux préfets le 15 septembre dernier. Emmanuel Macron a notamment rappelé les textes passés pour limiter les recours et alléger les procédures des promoteurs. Il faut dire que les ambitions du président français en matière énergétique sont claires : d’ici 2050, le pays devra compter une cinquantaine de parcs éoliens le long de ses côtes.

Répartition des champs d’éoliennes : «Il va falloir ouvrir le jeu.»

Annoncé depuis Belfort en février dernier, cet objectif est lui-même tiré d’une étude de RTE publiée en octobre 2021 et tablant sur une sortie intégrale du pays des énergies fossiles.

Afin d’atteindre la neutralité carbone, le gestionnaire du réseau électrique tricolore avait proposé six scenarii, tous basés sur l’objectif de réduction de la part du nucléaire (ramenée à 50% maximum) ainsi que l’hypothèse d’une réduction de 40% de la consommation d’énergie dans l’Hexagone. «Nous devons baisser notre consommation d’énergie de 40% à l’horizon de 2050», a d’ailleurs réaffirmé le 22 septembre Emmanuel Macron, estimant que sa stratégie présentée à Belfort «a été encore plus validée» par le conflit en Ukraine.

Ne plus consommer une goutte de pétrole ou de gaz pour produire de l’électricité, tout en réduisant la part du nucléaire : un jeu d’équilibriste qui en plus de réduire la consommation des Français oblige la démultiplication du photovoltaïque et de l’éolien… et pas uniquement en mer.

Je vais être très clair : si on veut atteindre notre sobriété et nos objectifs 2050 on devra faire de l’éolien sur terre. On devra le faire. Il faudra là aussi mieux concerter, mieux prévoir, il faudra aussi ouvrir le jeu parce qu’on a en fait concentré l’éolien terrestre sur très peu de territoires, très peu… donc il va falloir ouvrir le jeu

Une affirmation qui pourrait provoquer de vives réactions. En effet l’éolien, qui jusqu’à présent restait cantonné aux campagnes, est loin de faire l’unanimité en France. Nuisances sonores, visuelles, dévalorisation immobilière, impact néfaste sur la faune et la flore : les griefs à l’encontre des aéromoteurs ne manquent pas. Tant et si bien que dans la dernière année du quinquennat, face à la gronde anti-éolienne, l’exécutif avait lâché du lest en concédant aux maires qu’ils seraient à l’avenir consultés… sans pour autant revoir ses objectifs à la baisse.

«Sobriété énergétique» ou le triomphe de RTE ?

Le projet de Saint-Nazaire est lui-même une illustration de cette opposition entre des citadins décisionnaires et les ruraux priés d’acquiescer.

C’est une «journée historique» salue depuis les studios de BFMTV, le 21 septembre, Michel Gioria, délégué général de France énergie éolienne (FEE), l’association des fabricants d’éoliennes. Une inauguration qui marque «le début d’une longue série» enchérit celui qui succède à Pauline Le Bertre, engagée au sein de l’opérateur RTE qui a dessiné cette politique suivie par Emmanuel Macron. 400 kilomètres à l’Ouest, sur les berges, le panorama semble en revanche bien plus mitigé.

Principal reproche : le résultat final ne correspondrait pas à ce qui a été promu auprès des riverains. «On nous avait dit qu’on ne les verrait pas… mais on les voit parfaitement», commente auprès de RMC une habitante de Batz-sur-Mer, commune limitrophe du Croisic située pile en face du nouveau parc éolien off-shore.

«On nous avait annoncé qu’on ne verrait à l’horizon que des allumettes… ce sont vraiment de grandes grandes allumettes», confie un autre riverain auprès des équipes de TF1. Analogie des allumettes également dénoncée par l’adjoint à l’urbanisme et à l’environnement de la commune, Bruno Schmit. «On les prend vraiment en plein les yeux […] ce n’est pas ce qu’on nous avait annoncé !» peste-t-il auprès d’Europe 1.

Située à 12 kilomètres des côtes, chacune des 80 éoliennes mesure 200 mètres de hauteur, soit l’équivalent de la tour Montparnasse à Paris. De son côté, EDF Renouvelables entend balayer ces critiques, dressant une comparaison entre les photos récentes et des simulations de 2013.

Neutralité carbone : des éoliennes pas si vertes que cela

Mais au-delà de la gêne visuelle qu’ils occasionnent chez certains, les critiques les plus lourdes à l’encontre des aéromoteurs portent sur le bien-fondé d’y recourir.

Présentées comme vertes, les éoliennes terrestres nécessitent de grande quantités de béton sans parler des matériaux composites de leurs pales ou des métaux de leurs mâts et nacelles. Sans oublier des terres rares (néodyme et dysprosium) entrant dans la fabrication des aimants des alternateurs, comme le rappelait l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie dans une fiche technique publiée en novembre 2019, qui ciblait notamment les éoliennes maritimes. Le tout pour une durée de vie d’une vingtaine d’années et d’une production effective (facteur de charge moyen) qui s’établit à 26,35 % en 2020, selon RTE.

Bref, la prise en compte de leur construction tend encore à assombrir le bilan environnemental des éoliennes. À cela s’ajoute la consommation d’énergie fossile qu’elles peuvent induire au court de leur vie.

Produisant de manière intermittente, à savoir quand le vent souffle (et pas trop fort), les champs d’éoliennes appellent à l’installation de back-up pilotables afin de répondre à la demande électrique des ménages. Généralement ces back-ups sont thermiques, tels des centrales fonctionnant au gaz, voire au charbon. Cette réalité égratigne l’argument de la «souveraineté» énergétique qu’octroieraient à la France les éoliennes, avancé aujourd’hui de concert par Emmanuel Macron et les promoteurs de ces énergies renouvelables.

Fin septembre 2021, le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton avait lui-même évoqué sur LCI le manque de vent dans les explications qu’il donnait aux journalistes sur les tensions autour des courts de l’énergie en Europe. Afin de compenser ce manque de productivité des éoliennes durant l’été, la demande en gaz avait connue un sursaut selon le Panorama de l’électricité renouvelable mis en ligne fin septembre de la même année. Ainsi, en sortie de crise du Covid-19, cette baisse de rendement des éoliennes avait contribué à accentuer les tensions sur les marchés européens de l’énergie.

«Souveraineté» : subventions françaises pour entreprises étrangères ?

Par ailleurs, la démultiplication de ces moyens de production intermittents, disséminés à travers tout le territoire, nécessite de lourds investissements dans les infrastructures nationales. Fin 2020, RTE et Enedis annonçaient la mobilisation sur quinze ans de 100 milliards d’euros dans le réseau électrique afin de le renforcer face à l’essor des renouvelables. Un investissement colossal, forcément répercuté sur la facture des ménages.

À cela s’ajoutent les multiples mécanismes de subventions, pour permettre aux promoteurs éoliens de pouvoir être – et rester – profitables, comme le rappelait la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (iFRAP, un cercle de réflexion proche de la droite libérale) en octobre 2018. Des sommes qui, sur la durée de vie d’un parc, sont loin d’être négligeables. En 2019, la Commission européenne avait épinglé dans un rapport les tarifs de rachat ultra-préférentiels pratiqués en France. Selon l’organe exécutif européen, la somme des subventions pour les deux seuls parcs éoliens normands prévus à l’époque – d’une taille similaire à celui de Saint-Nazaire – pourrait flirter avec les huit milliards d’euros sur vingt ans. On est bien loin de la compétitivité économique de l’éolien que les antinucléaires brandissent régulièrement.

Par ailleurs, les entreprises qui engrangent cette manne financière dans le cadre des éoliennes s’avèrent bien souvent étrangères. Si aujourd’hui on souligne dans la presse la participation d’EDF dans le parc de Saint-Nazaire, brandi en vitrine de l’avenir de l’éolien off-shore en France, l’énergéticien français doit en réalité partager avec une filiale du Canadien Enbridge elle-même en partie détenue par le fonds de pension CPP Investments.

Enbridge, énergéticien canadien que l’on retrouve également aux côtés d’EDF à Dunkerque, Fécamp et Courseulles. A l’île d’Yeu et Noirmoutier, le Français Engie s’est allié au Portugais EDP Renovaveis. Dans les Côtes-d’Armor, à Saint-Brieuc, c’est l’Espagnol Iberdrola qui a été retenu pour porter seul un projet régulièrement sous le feu des critiques.

Quant aux éoliennes en elles-mêmes, des mâts aux nacelles, ce sont l’allemand Siemens et l’américain General Electrics qui dans les faits se partagent actuellement le marché français.

En matière d’énergies renouvelables, la «souveraineté» française semble avoir encore quelques progrès à faire…

Maxime Perrotin

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