Naufrage meurtrier au large de la Syrie, le Liban se mue en une terre d’exil

Le bilan ne cesse de s’alourdir. Au moins 73 migrants sont morts noyés au large de la Syrie après que leur bateau parti du Liban a coulé, a indiqué la télévision syrienne. Plus tôt dans la matinée du 23 septembre, le ministre libanais des Transports Ali Hamiyé faisait part de 61 victimes et de 19 survivants.

Le bateau, sur lequel un drapeau libanais était hissé, avait quitté en début de semaine le village de Minié, dans le nord du Liban, en direction de l’Italie avec à son bord 120 passagers, dont des personnes âgées, des femmes et des enfants des trois nationalités : libanaise, syrienne et palestinienne.

Selon les informations recueillies par le média libanais L’Orient Le Jour, des hélicoptères russes et syriens ont soutenu les garde-côtes syriens et les pêcheurs locaux qui ont poursuivi les opérations de recherche dans la nuit du 22 septembre à la recherche d’autres survivants. Les autorités libanaises restent en contact avec leurs homologues syriens pour obtenir des mises à jour sans intervenir dans les opérations de recherche. Les survivants ont été transportés à l’hôpital al-Bassel de Tartous pour y recevoir des soins médicaux.

Des naufrages qui se multiplient

Toujours selon le site d’information libanais, un autre naufrage a été détecté non loin de la Crète le 20 septembre. Un autre bateau de migrants qui a évité de peu la catastrophe grâce aux gardes côtes grecs qui les ont transféré au port de Kalamata le 22 septembre.

Le 22 septembre, l’armée libanaise aurait arrêté deux personnes dans le nord du pays pour leur implication présumée dans la facilitation de la contrebande illégale à travers la mer.

Les embarcations de fortune, souvent surchargés de passagers et dans des conditions délabrées, n’atteignent pas leur destination prévue. Elles sont souvent interceptées par l’armée libanaise ou nécessitent un sauvetage en mer. Plusieurs fois par mois, l’armée libanaise empêche des tentatives d’émigration clandestine

En avril, le naufrage d’un bateau de migrants surchargé, pourchassé par la marine libanaise au large de Tripoli (nord) avait fait des dizaines de morts et provoqué une vive colère dans le pays en crise.

Le 13 septembre, les garde-côtes turcs ont annoncé la mort de six migrants parmi lesquels deux bébés, et secouru 73 personnes qui tentaient de gagner l’Europe, au large de la province de Mugla, dans le sud-ouest de la Turquie. Ces migrants auraient embarqué depuis le port libanais de Tripoli.

Selon l’ONU, au moins 38 bateaux transportant au total plus de 1 500 personnes ont quitté ou tenté de quitter illégalement le Liban par la mer depuis 2020.

Le Liban : de terre d’accueil à terre d’exil

Le Liban devient en effet de plus en plus un point de départ d’embarcations illégales de migrants en raison d’une grave crise économique et financière causée par des décennies de mauvaise gestion et de corruption d’une classe dirigeante quasi inchangée depuis des dizaines d’années.

De terre d’accueil pour les Palestiniens en 1948 et 1967 et des Syriens à partir de 2011, le pays du Cèdre se mue peu à peu en terre d’exil. Outre les pénuries de médicaments, d’électricités et des produits de premières nécessités, la livre libanaise continue son interminable chute. Elle a perdu plus de 95% de sa valeur en à peine trois ans. Le 19 septembre, un dollar s’échangeait contre 38 500 livres libanaises alors qu’en 2019 un billet vert valait 1500 livres libanaises. Cette baisse est lourde de conséquence pour toute la population. Le salaire minimum est à peine supérieur à 20 dollars alors qu’en 2019 il était de 450 dollars.

Cette crise économique est responsable de l’augmentation de l’émigration libanaise. Les derniers chiffres montrent que les départs s’accumulent : depuis 2018, le nombre d’émigrants a quadruplé. Les demandes de passeports ont doublé en un an. Rien que de janvier à avril 2021, plus de 230 000 Libanais sont partis à l’étranger, soit près de 3,86% de la population totale du pays. Depuis le début de la crise au Liban en octobre 2019, entre 500 000 et un million d’habitants auraient fui le pays. Un chiffre qui n’a rien d’étonnant quand on constate que près de 77% des jeunes Libanais disent réfléchir sérieusement à quitter leur pays selon l’enquête Arab Youth Survey de fin 2020. 

Si la plupart décident de quitter le Liban par voie légale en rejoignant de la famille en Europe, en Amérique du Nord, au Brésil ou même en Afrique de l’ouest, pour les moins fortunés l’issue est plus que jamais incertaine. 

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