Taïwan attend toujours son siège à l’OACI

Après la lettre, l’attente. Le gouvernement de Taïwan attendait toujours lundi une réponse à sa demande d’invitation officielle adressée plus tôt cette année au président du conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), Salvatore Sciacchitano, pour permettre à l’île de prendre part à la 41e assemblée de l’organisation qui s’ouvre mardi à Montréal.

Vivant sous la menace croissante de la Chine communiste et du régime de Xi Jinping, qui rêve de ramener le territoire asiatique autonome et démocratique dans son giron, Taïwan cherche à retrouver une voix au sein des organisations internationales, y compris l’OACI. Son gouvernement estime qu’il y va de la sécurité de son espace aérien, régulièrement violé par des manoeuvres militaires chinoises, et de celle des millions de passagers qui y passent chaque année.

« Nous allons travailler jusqu’au dernier moment pour obtenir le droit à une participation significative à cette assemblée, a résumé lundi en entrevue au Devoir Harry Ho-jen Tseng, représentant du Bureau économique et culturel de Taipei au Canada. La Chine prétend représenter Taïwan dans les instances internationales, mais cela ne peut pas être plus faux. Taïwan n’est pas un espace aérien simple, et sa participation à l’OACI devient de plus en plus nécessaire ».

Lors d’une conférence de presse tenue à Montréal, à un jet de pierre du siège de l’OACI, le directeur général adjoint de l’Administration de l’aviation civile taïwanaise, Jiunn-liang Lin, a d’ailleurs tenu à rappeler lundi matin l’indépendance du système aérien de l’île qui, depuis 1949, fonctionne de manière autonome, loin de celui de la Chine communiste, dont Taïwan s’est séparée il y a plus de 70 ans. En plus de ses 17 aéroports, dont 3 internationaux, Taïwan compte 271 appareils enregistrés chez elle et 8 compagnies aériennes. Avant la pandémie, le territoire a vu passer près de 72 millions de passagers dans ses installations aéroportuaires.

Aviation civile en péril

 

« En août dernier, tout le monde s’en souvient, la Chine a décrété de manière unilatérale la fermeture de sept zones aériennes au-dessus de Taïwan, en raison des manoeuvres militaires [tenues dans la foulée de la visite controversée de la politicienne américaine Nancy Pelosi, sur l’île], a-t-il rappelé. Cela met en péril l’aviation civile à Taïwan, et nous demandons à l’OACI de reconnaître ce risque, tout comme le danger que l’exclusion de Taïwan de son assemblée peut représenter. »

En 2013, l’île asiatique avait obtenu un statut d’invité spécial lors de la 38e Assemblée de l’institution spécialisée en sécurité et normes aériennes des Nations unies. « Ce que nous demandons aujourd’hui n’est rien de nouveau, rien que nous n’ayons jamais eu », souligne Harry Ho-jen Tseng.

Or, depuis 2016, et l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement nationaliste et indépendantiste à Taipei, Pékin fait désormais pression sur les organisations internationales pour faire taire et contraindre les positions de l’île démocratique sur la scène internationale. Cette pression va très loin. Elle s’illustre par le rejet systématique de visiteurs et même des journalistes présentant un passeport taïwanais à la porte des institutions de l’ONU y compris à son siège à New York.

« C’est une réalité très peu connue de la communauté internationale, poursuit le représentant de l’île au Canada, mais c’est la réalité injuste à laquelle les Taïwanais doivent faire face. C’est une violation des droits de la personne, et cela ne devrait pas être toléré ».

Résolution 2758

 

Jointe par Le Devoir, la présidence de l’OACI s’est défendue lundi d’empêcher Taïwan à participer à ses réunions en rappelant que les « États-nations participant à l’Assemblée générale des Nations unies et au Conseil de l’OACI ont officiellement établi que Taïwan est un territoire sous l’autorité de la Chine », a précisé un porte-parole. La chose a été provoquée par la résolution 2758 adoptée en 1971 pour rétablir les droits légitimes de la République populaire de Chine à l’Organisation des Nations unies. Ironiquement, jusque-là, c’est Taïwan, fondée par le gouvernement en exil de Tchang Kaï-chek après la victoire des communistes lors de la guerre civile en Chine, qui représentait la Chine continentale dans les instances internationales.

Quant à l’invitation qui a été faite à Taïwan pour être un observateur en 2013, l’OACI indique qu’il était clair à l’époque que « cette décision n’avait été prise qu’une seule fois et ne créait en aucun cas un précédent ».

Taïwan, placée au 8e rang du Democracy Index, soit quatre places devant le Canada, a accentué depuis février dernier sa campagne visant à renforcer ses appuis et sa reconnaissance sur la scène internationale. La guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine a amplifié l’urgence et le besoin d’une telle quête, le régime autoritaire de Pékin faisant lui aussi planer le spectre d’une invasion sur Taïwan.

« Les pays qui prennent la parole pour soutenir Taïwan sont de plus en plus nombreux, et nous les en remercions, dit Harry Ho-jen Tseng tout en espérant beaucoup des débats à venir au sein de l’OACI pour cette reconnaissance, précise-t-il. Nous faisons des progrès pour accroître notre représentation dans les institutions internationales, et cela devrait encore se poursuivre. »

En 2019, les ministres des Affaires étrangères du G7 avaient soutenu dans un communiqué commun « la participation substantielle de tous les membres actifs de la communauté aéronautique internationale aux forums de l’OACI » en rappelant que « l’exclusion de certains de ses membres à des fins politiques », dont Taïwan fait l’objet, « compromet la sûreté et la sécurité de l’aviation ». À l’époque, l’organisation n’offrait toutefois pas une oreille attentive à cette demande, en raison des barrières imposées par le secrétariat général de l’OACI, alors entre les mains de la Chinoise Fang Liu.

Le contexte est différent désormais avec une organisation pilotée, depuis août 2021, par le Colombien Juan Carlos Salazar.
 

À peine 13 États membres de l’ONU sur 193 ont des relations internationales officielles avec Taïwan qui, malgré un statut d’État souverain démocratique et d’un gouvernement indépendant de celui de Pékin élu par sa population, ne dispose toujours pas du statut juridique nécessaire pour représenter ses 23,5 millions d’habitants dans les organisations internationales.

Le territoire est pourtant plus peuplé que 70 % des pays membres de l’OACI.

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