Des tempêtes plus dévastatrices en vue en raison de la montée des eaux

Les cyclones post-tropicaux, comme Fiona, frapperont « beaucoup plus fort » sur la côte atlantique du Canada dans les prochaines décennies pour une raison fort simple : le niveau de la mer augmente à cause du réchauffement climatique.

Vents destructeurs, pluies diluviennes, vagues gigantesques : comme on l’a vu ces derniers jours, les cyclones post-tropicaux génèrent des cocktails météorologiques dévastateurs. Toutefois, les dégâts les plus importants causés par ces événements découlent souvent des « ondes de tempête », une sorte d’enflement de la mer qui inonde la côte.

« Les impacts les plus importants de Fiona étaient liés aux ondes de tempête. Et ça, c’est clair que ça va augmenter avec la hausse du niveau de la mer », explique le climatologue Alejandro Di Luca, professeur à l’Université du Québec à Montréal et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Les ondes de tempête sont causées par les vents, qui tassent l’eau vers la côte, et par la basse pression atmosphérique, qui « aspire » la mer vers le ciel. Les deux conditions étaient réunies la fin de semaine dernière dans les provinces atlantiques. Des vents de plus de 165 km/h ont été enregistrés. En outre, la plus faible pression atmosphérique jamais mesurée au Canada (moins de 933 millibars) a été relevée.

Des niveaux records de l’eau ont ainsi été consignés à deux endroits : à Escuminac, au Nouveau-Brunswick, il a atteint 2,82 mètres ; et à Port-aux-Basques, à Terre-Neuve, il s’est élevé à 2,75 m. Les ondes de tempête s’y sont additionnées au niveau « de base » de la mer, qui ne cesse d’augmenter en raison de la fonte des calottes glaciaires et de la dilatation de l’eau des océans.

Le niveau de la mer mondial, qui a déjà augmenté d’une vingtaine de centimètres depuis le début du XXe siècle, continuera assurément d’augmenter dans les prochaines décennies. Les climatologues estiment que, même dans les scénarios de réduction des émissions de gaz à effet de serre les plus optimistes, le niveau de la mer s’élèvera encore d’environ 40 cm d’ici 2100.

Les scientifiques sont convaincus que les cyclones tropicaux (qu’on appelle « ouragans » dans l’Atlantique) s’intensifieront en raison des changements climatiques. Les vents des ouragans seront donc plus puissants. Ils grimperont par ailleurs un peu plus loin au nord, jusqu’à New York par exemple, sous leur forme « tropicale ».

Les choses se compliquent toutefois pour comprendre l’effet des tempêtes d’origine tropicale sur la côte atlantique du Canada. Car, à ces latitudes plus nordiques, les ouragans se transforment en « cyclones post-tropicaux ». Ce n’est plus la chaleur de l’océan qui les alimente en énergie, mais bien le gradient nord-sud de température de l’air. Puisque les mécanismes en jeu ne sont pas les mêmes, on ne sait pas encore si ces cyclones post-tropicaux vont, comme les ouragans, faire déferler des vents plus forts.

Inondations

 

Toutefois, précise Raphaël Rousseau-Rizzi, un chercheur postdoctoral québécois à l’Université de Berne, en Suisse, la quantité de pluie associée aux cyclones extratropicaux va augmenter, car l’air chaud peut contenir plus d’humidité. « Les précipitations extrêmes vont devenir plus extrêmes », dit ce spécialiste des cyclones tropicaux.

Nonobstant ces précipitations plus abondantes, c’est véritablement la hausse du niveau de la mer qui multipliera les risques d’inondations posés par les tempêtes extratropicales sur la côte atlantique de l’Amérique du Nord, souligne M. Rousseau-Rizzi, qui vient d’achever un contrat de recherche à ce sujet au Massachusetts Institute of Technology.

Avec son collègue Ali Sarhadi, le jeune chercheur a évalué les risques d’inondations côtières pour différentes villes de la côte est des États-Unis. « On constate que, pour les cyclones extratropicaux, la principale cause d’augmentation du risque d’inondation — de très loin — c’est la hausse du niveau de la mer », résume-t-il.

« On doit s’attendre à avoir des événements d’ampleur au moins équivalente à celle de Fiona à l’avenir, mais ces mêmes événements produiront des dommages bien plus importants parce que le niveau de la mer sera plus élevé », répète le professeur Di Luca. Ces prévisions devraient nous inciter à nous adapter dès maintenant, observe-t-il.

Adapter les côtes consiste notamment à restaurer le littoral avec des plantes, à bâtir des ouvrages rocheux pour briser les vagues ou, dans certaines zones particulièrement à risque, à carrément déplacer les infrastructures et les communautés, explique un récent rapport sur les répercussions des changements climatiques dans les provinces atlantiques.

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