Des travailleurs de rue au front pour les jeunes de Pointe-aux-Trembles


Au cours de la dernière année et demie, une nouvelle équipe de travailleurs de rue s’est dévouée pour mettre en place un filet pour les jeunes vulnérables de Pointe-aux-Trembles. Mais les défis sont grands pour les jeunes et les intervenants, dans le contexte de la montée de la violence observée partout à Montréal.

Pendant plusieurs années, Prévention Pointe-de-l’Île comptait un seul travailleur de rue pour accompagner les jeunes de 12-25 ans du territoire de Pointe-aux-Trembles.

Face aux besoins importants et grâce à de nouveaux financements octroyés depuis 2020, notamment dans le cadre de la prévention de la violence, cette force de frappe a depuis quadruplé. Aujourd’hui, Salim, Amal, Jessica, et Valery* se rendent régulièrement près des écoles et sur les lieux de chill des jeunes, offrant aux plus vulnérables ou ceux à risque de délinquance une oreille attentive en toute confidentialité, un lift, ou de la médiation en cas de conflit.

Et cette présence porte fruit, croit la directrice de l’organisme, Johanne Daigle. «On a apaisé beaucoup de situations depuis un an et demi, parce qu’on a gagné la confiance des jeunes. […] Il se passe des choses, mais on aime dire qu’on est un milieu qui travaille tellement ensemble, qu’on réussit à désamorcer pour l’instant.»

Des frontières qui disparaissent

Les enjeux liés à la montée de la violence se font cependant bel et bien sentir dans le quartier, soutiennent les intervenants.

Si Pointe-aux-Trembles est pratiquement absent des manchettes en matière de violence armée, les travailleurs observent de plus en plus de mouvements de personnes et d’activités entre les quartiers. «Les frontières qui existaient à l’époque, elles n’existent plus tellement. [Des jeunes qu’on accompagne] voient d’abord les différentes possibilités pour rentrer dans le business. Et ça crée des tensions», soutient Salim.

Ce n’est qu’une minorité de jeunes qui sont impliqués dans ces événements violents, rappelle Johanne Daigle, qui s’inquiète toutefois de voir que beaucoup d’entre eux ont peur. Et ce sentiment-là peut mener à vouloir s’armer pour se défendre, un réflexe que les travailleurs de rue tentent d’endiguer.

Johanne Daigle, directrice de Prévention Pointe-de-l’ïle. Photo: Denis Germain, Métro Média

Jessica, qui prend notamment en charge le volet prostitution et sexualité, observe pour sa part qu’en parallèle à la montée de la violence, «les proxénètes vont rôder autour des écoles, il y a plus de présence».

Dans ce contexte global, les travailleurs de rue ont pour leur part récemment pris la décision de travailler en binôme plutôt que seuls dans certaines situations. «On essaie d’avoir un maximum de présence sur le territoire. Mais là, on doit diviser par deux notre champ de présence pour se sentir plus en sécurité», dit Salim.

Un travail en amont

En accompagnant Salim sur le terrain, plusieurs jeunes racontent à Métro le bénéfice du travail de rue dans leur vie.

Parmi eux, un jeune de 16 ans évoque brièvement qu’il a été «approché» par des gangs, une avenue qui semblait intéressante «parce que c’était de l’argent facile». Mais il a finalement refusé, avec l’aide de Salim, qui l’a aidé à trouver un travail durant l’hiver.

Un autre jeune de 14 ans considère pour sa part Amal comme une «grande sœur», qui a convaincu ses parents de le changer d’école, car il ne se sentait pas en sécurité.

Une jeune fille de 16 ans affirme avoir peur «par les temps qui courent», mais être rassurée par la présence de Jessica. «Tu vois aux nouvelles qu’il y en a qui se font tirer dessus, qui utilisent des couteaux, des pédophiles…».

Un quatrième jeune, plus silencieux, raconte que Salim fait plusieurs activités avec les jeunes, et l’a aidé à ne pas «faire des trucs mal dans la rue».

Si les jeunes et les intervenants témoignent de l’apport des travailleurs de rue dans le quartier, ces derniers soulignent toutefois que les jeunes restent libres de décider à quel point ils veulent être aidés ou accompagnés. «On peut faire de la prévention, être là pour leur sécurité», explique Jessica.

*Les noms de famille ont été omis pour des raisons de sécurité.

Précarité d’emploi

Le financement reste un enjeu majeur pour Prévention Pointe-de-l’Île. Celui-ci est octroyé à l’organisme par projet – plutôt qu’à la mission –, ce qui cause un enjeu pour assurer une sécurité de travail aux employés.

«Tous les projets se terminent en décembre. Tout le monde [qui finance] pourrait décider en décembre qu’on renouvelle un poste, ou deux», soutient Johanne Daigle.

Salim, pour sa part, ne s’en cache pas: cette précarité n’est pas soutenable à long terme, et pourrait le pousser éventuellement à quitter l’emploi.

«Ça m’attriste, parce qu’on a mis en place des choses qui fonctionnent bien avec des jeunes, avec lesquels la consommation a arrêté, qui ont arrêté de vendre, et sont retournés à l’école.

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À propos de l'auteur Journal Métro

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