Le blues de l’ours

Toujours plus enraciné dans sa zone de marché fondamentalement baissier (« bear market »), Wall Street broie du noir. Ils sont toutefois nombreux parmi les investisseurs à déclarer forfait, ce qui serait normalement précurseur d’un renversement de tendance. On dit bien normalement.

En août, la sévérité du discours du président de la Réserve fédérale américaine (Fed) à Jackson Hole a secoué les marchés, mais sans les ébranler. Le passage à l’acte, la semaine dernière, a finalement eu l’effet souhaité. Les grands indices boursiers de référence sont retombés en territoire fondamentalement baissier. Sous l’influence des titres technologiques, le S & P 500 était en recul de 24 % depuis son sommet de janvier (avant sa remontée au terme de la séance mercredi), plombé par un plongeon de 32 % des géants technologiques composant le Nasdaq 100. Même le Dow Jones, une moyenne de titres essentiellement industriels, est tombé de plus de 20 %.

De ce côté-ci de la frontière, le S & P/TSX fait un peu mieux, avec un repli de 15 % depuis son sommet de l’année, aidé en cela par ses composants « énergie » et « consommation de base », les seuls avec les services publics à afficher un rendement positif cette année. Les prix élevés des matières premières ne sont pas sans atténuer la morosité généralisée.

Déjà maussade, l’humeur des participants s’est assombrie avec la hausse de trois quarts de point de pourcentage du taux directeur décrétée par la Fed la semaine dernière. En fait, cette troisième augmentation de 75 points de base d’affilée dans une séquence de cinq relèvements depuis mars était escomptée. Mais pas la suite de l’annonce. Le taux cible de la banque centrale américaine atteignait désormais l’intervalle 3 %-3,25 %, soit son plus haut niveau depuis le début de 2008, pour tanguer en territoire restrictif. Mais c’est loin d’être fini, a-t-elle prévenu, martelant que le retour à la cible du 2 %, une nouvelle fois repoussée, ne se fera pas sans douleur.

Les nouvelles prévisions publiées alors font ressortir un taux médian projeté par le Comité de la politique monétaire suggérant une hausse additionnelle de 125 points de base en 2022. Le point milieu de l’intervalle se situerait ainsi à 4,4 % à la fin de l’année, soit 100 points de plus que les prévisions faites par l’institution en juin. Il atteindrait les 4,6 % à la fin de 2023, contre une cible de 3,8 % esquissée en juin dernier.

Auparavant retenu par une minorité d’analystes, le scénario de récession (selon la définition élargie appliquée aux États-Unis) reçoit désormais une probabilité de 50 % au cours des 12 prochains mois, selon le recensement de Bloomberg, alors qu’elle était de 15 % en début d’année. Et ils sont plus nombreux à mentionner les 75 %.

Remontée des cours obligataires et inversion de la courbe de rendement… Pour une, la banque d’affaires Goldman Sachs a ramené sa cible de fin 2022 du S & P 500 à 3600 points, contre 4300 précédemment, en réaction à la hausse plus forte que prévu du loyer de l’argent. Une détérioration conséquente des perspectives de profits des entreprises pourrait forcer l’indice à côtoyer les 3400 points, pour revenir à son niveau de février 2020.

Le ratio cours-bénéfice prévisionnel de l’indice a à peine baissé, à 16 fois contre 18 pour le ratio passé, ce qui laisserait sous-entendre que l’impact attendu d’une récession n’est pas enchâssé dans les cours.

Décrochage

 

Le site de finances personnelles Finder a mesuré l’état de fatigue des investisseurs canadiens dans ce long marché baissier, et une perte de confiance envers le marché des actions. Sur plus d’un millier d’investisseurs canadiens interrogés, 24 % déclarent ne plus avoir confiance et prévoient sortir du marché, ne croyant plus en la possibilité d’obtenir un rendement positif. La proportion atteint 31 % des ménages affichant un revenu annuel sous les 100 000 $. Aussi, 17 % se disent plutôt incertains ou inquiets, mais prévoient attendre les occasions à saisir. Et 37 % se disent incertains, mais ne veulent pas vendre.

Historiquement, un tel lâcher-prise du petit investisseur est souvent synonyme de renversement de tendance. Or, le schéma classique dit qu’un « bear market » est généralement suivi d’une remontée des cours assez rapide sous l’impulsion d’un relâchement de l’austérité monétaire. Les prévisions actuelles font plutôt ressortir le maintien des taux à ses niveaux élevés afin d’endiguer des pressions inflationnistes tenaces appelées à demeurer au-delà des cibles en 2023.

Selon un survol de la Banque Nationale déjà publié, le S & P 500 a connu 11 épisodes de correction de 20 % ou plus (du sommet au creux) depuis 1956, dont huit ayant été accompagnés d’une récession. Le recul s’étend sur 297 jours en moyenne s’il est accompagné d’une récession ; de 141 jours, sinon. La perte totale de l’indice atteint 37 % et 28 % respectivement.

Nous en sommes présentement à 266 jours.

Rebond des cours

 

La Bourse de New York a terminé en hausse mercredi. Le Dow Jones a gagné 1,9 % ; l’indice Nasdaq a pris 2,1 % ; le S & P 500, 2 %. Dow Jones et S & P 500 ont alors mis fin à une série de six séances négatives d’affilée.

La nouvelle du jour a été l’intervention surprise de la Banque d’Angleterre, qui a annoncé le rachat d’obligations d’État en circulation après que le rendement de la dette souveraine britannique à 10 ans eut monté jusqu’à 4,59 %. Celui des emprunts d’État américains de même échéance est ainsi retombé à 3,72 %, après avoir franchi les 4 % pour la première fois en 12 ans.

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