Trois cas pour mettre à l’épreuve les promesses en éducation

À quelques jours des élections vous voulez connaître les promesses des partis pour régler des problèmes cruciaux qui affectent directement la vie des citoyens au Québec ? Le Devoir a demandé à des électeurs ce qu’ils attendent du gouvernement qui sera élu lundi prochain. Aujourd’hui, l’éducation.

Un nombre élevé d’écoles en mauvais état qui attendent d’être rénovées, un système d’éducation « à trois vitesses » qui crée de la ségrégation et accentue les inégalités, un manque de professionnels et de considération pour les élèves en difficulté ou avec des problèmes d’apprentissage… À l’approche du jour du vote, Le Devoir vous présente les engagements des cinq partis politiques qui touchent ces enjeux.

Électrice: Catherine Baril, 43 ans, mère de trois enfants

Problème: La peur des classes régulières au public

Catherine Baril a « presque » les pieds au complet dans le fameux système à trois vitesses en éducation, divisé entre le réseau privé, le public enrichi payant et les classes régulières.
 
Son fils Florent, en secondaire 4, est dyslexique, dysorthographique et atteint d’un trouble de traitement auditif, fréquente l’école privée spécialisée Vanguard, dont la scolarisation de l’élève est subventionnée par le ministère de l’Éducation. Sa fille Flavie, en secondaire 2, a été admise dans une concentration musicale dans une école publique plus loin de chez elle, à l’autre bout de l’île de Laval. Sa plus jeune, Rosemarie, est en sixième année et ira à l’école publique de quartier au secondaire, possiblement dans une concentration en sport.

« On espère qu’elle ne se ramasse pas dans le régulier », dit sa mère. Une crainte partagée par d’autres, et qu’elle ne trouve pas normale. « Il faudrait égaliser tout ça. Pourquoi une minorité d’élèves aurait droit au privé et aux belles écoles, lance-t-elle. Ça écrème. Ceux qui n’ont pas d’argent se retrouvent dans les écoles de quartier avec des problèmes d’apprentissage, ça crée des clans et des clivages ».

Envoyer son enfant dans une concentration au public coûte cher, ajoute celle qui déboursera des centaines de dollars cette année. « Ça devrait être gratuit », laisse-t-elle tomber.

Les promesses de partis

 

QS: Québec solidaire éliminerait immédiatement tous les frais scolaires facturés dans les établissements publics, du préscolaire au secondaire. Le parti entamerait la conversion des établissements privés qui le souhaitent en écoles publiques tout en mettant fin progressivement au financement public des écoles privées. Il veut également assurer l’accès universel aux projets particuliers dans les écoles publiques, en bannissant la sélection académique et financière pour ces projets.

PQ: Le Parti québécois promet de retirer graduellement les subventions accordées aux écoles privées et d’abolir la sélection en fonction des notes et du revenu. Le parti s’engage à mettre sur pied une « commission Parent 2.0 » pour réfléchir à l’avenir de l’enseignement.

PLQ: Le Parti libéral du Québec s’engage à offrir jusqu’à 5000 dollars aux familles pour défrayer les coûts des programmes particuliers dans le réseau public, par exemple le sports-études ou le baccalauréat international.

PCQ: Le Parti conservateur du Québec veut instaurer un système de bons en éducation permettant à tous les parents de choisir l’école de leur enfant, privée ou publique. Le parti miserait également sur les programmes particuliers, offrirait des matières en option au primaire, augmenterait le nombre d’écoles alternatives et créerait des classes pour les élèves de haut niveau.

CAQ: La CAQ n’a pas formulé d’engagements précis sur la question des écoles à trois vitesses lors de la campagne électorale. Mais, depuis cet automne, Québec rembourse aux parents les coûts d’inscriptions dans les programmes particuliers jusqu’à concurrence de 200 dollars.

L’avis des experts

Les engagements des partis reflètent bien le spectre gauche-droite, note Claude Lessard, professeur émérite à l’Université de Montréal et ancien président du Conseil supérieur de l’éducation.

La volonté des conservateurs d’augmenter la concurrence est « à l’extrême », dit-il. « Les tentatives de cet ordre qui ont été faites dans des villes américaines n’ont pas fait long-feu, dit-il. Ça divise et augmente les inégalités ».

Il note que le PQ et QS ont le mérite d’aller plus loin que les autres partis en souhaitant s’attaquer à la concurrence « déloyale » du secteur privé, qui monopolise les meilleurs éléments et nuit à la mixité sociale et scolaire.

Michel Perron, professeur retraité de l’Université du Québec à Chicoutimi et du cégep de Jonquière, et qui a comparé les positions des partis dans un tableau, constate que seuls ces deux partis rejettent le statu quo du système à trois vitesses.

« On est loin d’être dans une unanimité de perspective, dit-il. Pour ce qui est de la CAQ, ils ont une série de propositions mais changer les structures scolaires et cesser le financement du privé vers le public, je ne pense pas que ce soit dans leurs priorités ».

Selon lui, le futur gouvernement devra rapidement mettre sur pied un grand chantier sur cette question en collaboration avec tous les partis politiques, et en incluant des experts, des parents et des professionnels du milieu.
 

Le vote de l’électrice

Pour Catherine Baril, qui suit de près la campagne électorale, l’éducation prend une grande place au moment de faire son choix. Aux dernières élections, elle avait voté pour la CAQ. Mais cette fois-ci, c’est le PQ qui a son vote. « Ils ont des idées réalistes et j’aimerais qu’ils deviennent l’opposition, dit-elle. Ce sont eux qui ont la plate-forme la plus intéressante en éducation ».

Électrice: Nathalie Laurencelle, 48 ans, mère de deux adolescents

  

Premier problème : Les écoles en mauvais état

Le problème des écoles vétustes n’est pas nouveau et Nathalie Laurencelle en sait quelque chose. Déjà quand sa fille aînée, maintenant âgée de 25 ans, fréquentait l’école secondaire Sophie-Barat, le bâtiment était en mauvais état.
 
Ses deux adolescents de 14 et 15 ans fréquentent aujourd’hui l’établissement. Améliane, qui est en secondaire 3, suit presque tous ses cours dans une annexe alors qu’une partie de l’édifice principal a été fermée en 2020 à cause d’un risque d’effondrement.

La jeune fille raconte au Devoir que, l’année dernière, ses amis et elle devaient faire une heure d’autobus pour se rendre dans une école primaire qui leur offrait des locaux. « On se retrouvait tous à devoir aller à plusieurs kilomètres de chez nous », laisse-t-elle tomber, un peu exaspérée.

Les promesses de partis

 

CAQ : La Coalition avenir Québec promet de rénover 600 écoles en mauvais état au cours d’un second mandat. Au total, 2 milliards de dollars s’ajouteraient aux 7 milliards déjà prévus pour les quatre prochaines années dans le Plan québécois des infrastructures.

PLQ : Le Parti libéral du Québec propose un chantier de remise à niveau et de construction des écoles primaires et secondaires. Un montant de 4 milliards serait ajouté aux investissements prévus.

QS : Québec solidaire s’engage à mettre sur pied un chantier de rénovation, d’agrandissement, de verdissement et de construction « pour des écoles saines ». Cela représente un investissement de 1,6 milliard sur quatre ans.

PQ : Le Parti québécois promet d’investir pour rénover les écoles vétustes de la province en ajoutant 575 millions de dollars par année au Plan québécois des infrastructures, pour un investissement supplémentaire total de 2,3 milliards. Il réaliserait les travaux nécessaires sur 4 ans au lieu de 10 ans.

PCQ : Le Parti conservateur du Québec propose d’augmenter les budgets d’entretiens des écoles et mettra sur pied un chantier national pour la création de nouvelles écoles modernes et la rénovation des écoles dans un état acceptable.

Avis d’un expert

Jean-Pascal Foucault, expert de longue date en gestion des actifs physiques et professeur au Québec et en France, doute que la CAQ parviendra à rénover 600 écoles en quatre ans, même si la formation politique a mentionné prendre en compte le manque de main-d’oeuvre en construction lors de l’annonce de son engagement.

« Je ne pense pas qu’il y ait la main d’oeuvre pour assumer un tel volume en quatre ans, estime-t-il. Il y a un manque de personnels qualifiés et formés. Le plus gros problème quand on parle de vétusté des écoles, c’est de préparer les plombiers, les menuisiers et les maçons qui feront ces travaux sur les trente années à venir ».

Les investissements proposés par la CAQ et les autres partis politiques sont insuffisants et les coûts seront probablement dépassés, ajoute-t-il.

Deuxième problème : Les élèves en difficulté 

Malik, le garçon de Nathalie Laurencelle, a un trouble du spectre de l’autisme et est dysphasique. Il est en « bris de fonctionnement » depuis août 2021, raconte sa mère. « Il dort plusieurs heures d’affilées, il a des migraines et ne peut pas fonctionner dans le système normal », décrit-elle.

Selon elle, l’école a une mauvaise compréhension de la réalité des personnes autistes et elle juge qu’elle n’a pas reçu assez d’appui. « Leurs besoins ne sont pas les mêmes, dit-elle. C’est peut-être la structure de l’école qui est à revoir ».

Elle précise que Malik n’a pas eu accès à des services d’orthophonie pendant trois ans lorsqu’il était à l’école primaire, pour ensuite obtenir une heure aux deux semaines en sixième année. Mais cela n’est pas suffisant pour rattraper les retards. « Ça s’accumule au secondaire », dit sa mère.

Les promesses des partis pour les élèves en difficulté

 

PLQ : Le Parti libéral du Québec veut mettre en place un crédit d’impôt pouvant aller jusqu’à 500 dollars pour couvrir des frais encourus d’orthophonie ou d’orthopédagogie. Un gouvernement libéral créerait un Secrétariat aux personnes vivant avec un handicap ou le spectre de l’autisme avec un ministre responsable.

CAQ : Le parti s’engage à augmenter les services pour les élèves en difficulté en créant une plateforme virtuelle, qui permettrait de tenir des consultations avec un professionnel.

PQ: Le Parti québécois propose de modifier les modalités de financement pour les élèves qui ont des difficultés et mettre fin au financement par catégorie de difficulté, pour mieux le répartir. Le parti veut également investir un montant supplémentaire de 200 millions de dollars par année pour ajouter des professionnels dans les écoles primaires et secondaires ainsi que des heures de travail au personnel de soutien.
 

QS : Le parti promet de fixer un plancher de services professionnels pour que chaque membre du personnel ait moins d’élèves à sa charge. Le parti s’engage aussi à augmenter le soutien financier aux cégeps et aux universités en région.

L’avis d’une experte

En ce qui a trait au soutien aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA), la professeure au département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM, Catherine Turcotte, estime que les partis politiques ne sont pas ancrés dans la réalité.

« Il faut être déconnecté pour penser qu’il existe des professionnels quelque part, dit-elle. Augmenter les services professionnels c’est une belle promesse. Ce n’est pas que les écoles manquent d’argent, mais il n’y a pas de personnels et les listes sont vides ».

Selon elle, l’enjeu réside surtout dans la rétention. Elle doute également que la plateforme virtuelle proposée par la CAQ pour des rencontres avec un professionnel puisse fonctionner. « La télé-orthopédagogie pourrait être une bonne idée, mais les orthopédagogues sont déjà ensevelis sous leurs dossiers d’élèves », souligne-t-elle.

Le vote de l’électrice

Nathalie Laurencelle se dit mécontente des partis politiques quand vient le temps de parler des enfants à besoins particuliers et neuro atypiques. Même si aucun parti « ne peut plaire à 100% », son vote ira à Québec solidaire parce que la formation représente bien ses valeurs comme l’entraide et le partage des richesses.

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À propos de l'auteur Le Devoir

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