Un exemple inspirant

Le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB) de Montréal vient, pour la deuxième année de suite, de remporter le prestigieux Prix d’excellence de l’administration publique du Québec, catégorie éducation.

Ce qui lui vaut ce prix, ce sont les succès absolument remarquables de ses élèves, de même que le haut niveau d’expertise de son personnel. Tout cela explique aussi les visites d’administrateurs scolaires de pays étrangers désirant comprendre comment le CSSMB parvient à de tels résultats.

J’ai voulu en parler avec son directeur général, Dominic Bertrand.

Un contexte

 

Chiffres (j’allais dire : données probantes…) à l’appui, M. Bertrand me rappelle d’abord que « malgré des investissements importants, la réussite des élèves tend à stagner au Québec ».

Il faut savoir qu’on a mis en place une politique de la réussite éducative qui cible différents groupes d’élèves vulnérables. Malgré cela, le taux de diplomation et de qualification pour la cohorte avant la pandémie et sept ans après l’entrée au secondaire sta­gne, comme stagne celui des élèves en difficulté ou provenant de milieux défavorisés. On observe même une légère baisse de la diplomation et de la qualification chez les garçons.

Rien de tout cela au CSSMB, comme on va le voir.
 

Mais n’allez surtout pas croire que ses succès tiendraient au fait qu’elle sert une population privilégiée. Au CSSMB, 65 % des élèves n’ont pas le français comme langue maternelle ; 35 % fréquentent une école en milieu défavorisé ; enfin, 40 % des élèves passent au privé au secondaire. Et, comme partout ailleurs, sévit une terrible pénurie de main-d’oeuvre.

Malgré tout cela, voici ce qu’on y observe.

De remarquables succès

 

Le CSSMB a entrepris un virage pédagogique important il y a quelques années. Voici ce qu’il a permis de réaliser.

Le taux de diplomation et de qualification (TDQ) des élèves en difficulté et ayant un plan d’intervention est de 72,6 %, soit 15,1 points au-dessus de la moyenne québécoise au secteur public. C’est énorme et atteint très rapidement !

Le TDQ des élèves nés hors du Québec est de 90, 3 %, soit 9 points au-dessus de la moyenne québécoise. Le TDQ des garçons est de 86 %, soit 12 points de plus que la moyenne québécoise. Quant à celui des élèves en milieu défavorisé, il est de 79 %, soit 4,4 points au-dessus de la moyenne québécoise.

Ce qui les permet

 

Comment parvient-on à ces résultats ? M. Bertrand explique très clairement ce qu’on a fait au CSSMB.

On a offert à plus de 2000 enseignantes et enseignants une solide formation sur les stratégies d’enseignement validées par la recherche crédible. Ici, pas de demi-journée sur des choses peu crédibles ou peu importantes, qu’on oublie aussitôt et qui se traduisent en à peu près rien de concret. Des contenus validés, applicables, avec en prime la connaissance de ce qui est parfois promu et qui ne fonctionne pas — notamment ces légendes ou mythes pédagogiques encore trop répandus.

On a aussi institué un Bureau de statistiques et de l’imputabilité pour faire, comme il se doit, le suivi de la réussite des élèves. On a également revu la structure de soutien aux apprentissages par le modèle de la réponse à l’intervention.

Et pour impliquer tout le monde et diffuser le savoir jugé indispensable, on a rédigé et diffusé des référentiels CSSMB et des cadres de référence à l’intention des gestionnaires, des enseignants et des professionnels (psychologues, orthophonistes, etc.) en service direct aux élèves.

J’ai demandé un exemple concret. M. Bertrand me donne celui de la mise en place du soutien au comportement positif (SCP), une pratique validée par la recherche.

Tout le monde conviendra qu’il est bien difficile de poursuivre ses apprentissages si tu es souvent exclu de la classe.

Avant l’implantation du SCP, on recensait, par exemple, dans une école secondaire, pour une période allant de septembre à février, 1509 expulsions de classe. La première année où le SCP est implanté, pour la même période, ce nombre baisse à 514. La deuxième année, toujours pour la même période, il baisse à 108.

Et si le vent commençaità tourner ?

M. Bertrand, on l’aura compris, est un adepte des données probantes. Et, déçu qu’elles soient à ce point méconnues, parfois méprisées et trop peu implantées, il a fait partie en 2017 d’un groupe de travail mandaté par le ministre de l’Éducation de l’époque sur la création d’un institut national d’excellence en éducation. Le titre du rapport soumis est éloquent : Promouvoir des savoirs et des pratiques validés par des résultats scientifiques en éducation.

Bien que cette proposition ait été accueillie favorablement par une majorité des groupes consultés, elle a été critiquée vertement et a été, sans grande nuance, il faut le dire, rejetée par de nombreux universitaires en éducation. Mais le vent commencerait-il à tourner ? M. Bertrand pense que oui, l’exemple du CSSMB aidant.

Je lui laisse le mot de la fin : « Depuis plus de 20 ans, la recherche en éducation offre des stratégies d’enseignement et de gestion efficaces, ayant un fort impact sur l’apprentissage, le bien-être et la réussite des élèves. Ces puissants leviers, mis en place par nos équipes, ont permis aux élèves du CSSMB de connaître de tels résultats. »

<h4>À voir en vidéo</h4>

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À propos de l'auteur Le Devoir

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